FloriLettres

Dernières parutions, édition été 2026. Par Élisabeth Miso et Corinne Amar

édition été 2026

Dernières parutions

Récits

Siri Hustvedt, Ghost Stories. Traduction de l’anglais (États-Unis) de Frédéric Joly. Ils formaient un couple d’écrivains new-yorkais mythique. Après la mort de Paul Auster, survenue le 30 avril 2024, Siri Hustvedt n’a pas eu d’autre choix littéraire que d’écrire sur leur histoire, sur l’incroyable « raccordement intellectuel-érotique » qui a été le leur pendant plus de quarante ans. « Je vais dire les choses de façon plus directe : oui, je pleure Paul, mais la plupart du temps je pleure Siri et Paul. Je pleure le ET. Je pleure la manière qu’avait le ET de me faire sentir dans le monde. Ce ET en lequel lui et moi coïncidions. » Désormais seule, dans leur spacieuse maison de Brooklyn, « architecture du souvenir », elle raconte sa perte de repères, ce quotidien devenu méconnaissable. L’ancienne temporalité, les journées à écrire chacun à un étage, le cliquetis de la machine à écrire de Paul, leurs longues et stimulantes conversations, leurs séances de lecture à voix haute de leurs manuscrits respectifs, leur totale confiance dans le discernement de l’autre, tout cela a disparu. Ce livre, sorte de journal de deuil, évoque avec force détails le cancer de l’auteur de La Trilogie new-yorkaise, son stupéfiant « courage tandis qu’il plongeait le regard dans l’abîme (…) » et la manière dont ils ont fait face ensemble à l’issue fatale. Il lui avait dit qu’il reviendrait sous la forme d’un fantôme. Le jour même de l’enterrement, elle a senti très nettement la présence physique de son mari, dans leur chambre. Férue de neurosciences et de psychanalyse, elle commente par ses lectures érudites ce phénomène observé des hallucinations du veuvage. Elle a glissé dans son récit certaines des lettres que Paul Auster destinait à son petit-fils Miles. Le livre est complètement habité par sa propre force de vie mais aussi par l’esprit et la prose de l’écrivain, comme s’ils poursuivaient leur compagnonnage créatif, sur un même pied d’égalité, comme ils ont toujours veillé à le faire. Avec ce vibrant hommage à l’homme qu’elle a passionnément aimé, Siri Hustvedt explore encore, avec l’intelligence aiguë qui la caractérise, ce qui fait de nous des êtres humains. Éd. Gallimard, 432 p., 24 €. Élisabeth Miso

-

Sigolène Vinson, La Requine. En 2015, quelques mois après l’attaque terroriste du 7 janvier, perpétrée contre Charlie Hebdo, Sigolène Vinson a élu domicile à Saint-Chamas, sur le bord de l’étang de Berre, « que tout le monde considère comme souffrant et incurable, mangé par le pétrole (…) ». Sans doute, a-t-elle trouvé dans la résistance de cet écosystème perturbé par les logiques industrielles, un écho à son propre combat intérieur, elle qui a été épargnée par Chérif Kouachi. Juchée sur son paddle, la romancière aime sillonner cette lagune méditerranéenne, puis rejoindre son rocher préféré depuis lequel contempler le paysage, profondément connectée à la faune et à la flore qui l’entourent. « Les douze personnes tuées ce matin-là sont la raison de mes heures passées sur un rocher de safre, la raison de mon amour fou pour un étang malade, la raison pour laquelle je parle aux petits oiseaux et aux gros poissons. L’ennui que j’étanche ressemble à s’y méprendre à de la tristesse, une tristesse que je n’ai pas choisie et dont je ne suis pas éprise. Elle est venue à moi et je lui opposerai toujours la joie. » Dans ce texte autobiographique, l’ancienne avocate et ex-chroniqueuse judiciaire de l’hebdomadaire satirique fait référence pour la première fois à la tragédie traversée. Les cheminements de la mémoire la ramènent également à son enfance à Djibouti, là où a grandi sa fascination pour les squales. Il se trouve que son rocher de l’étang de Berre abrite des dents de requin fossilisées. Les hasards de l’existence sont impénétrables. En décembre 2018, alors qu’elle séjourne à Djibouti, elle apprend que Peter Cherif y est appréhendé. Elle rentrera à Paris à bord du même avion que le commanditaire de l’attentat dont elle est rescapée. À l’automne 2020, au moment du premier procès des attentats de janvier 2015, l’aquarium du Trocadéro sera son refuge contre les terreurs. Tout à la fois récit intime, politique et écologique, La Requine est une invitation poétique à protéger la beauté et la fragilité du vivant, sous toutes ses formes. Éd. Le Tripode, 176 p., 19 €. Élisabeth Miso

Essais biographiques

-

Julia Kerninon, Le passé est ma saison préférée. « Régulièrement sollicitée pour écrire son autobiographie, Gertrude Stein (1874-1946) s’y était toujours refusée avec véhémence, mais elle avait fini par taquiner Alice, sa compagne de longue date, en lui suggérant d’écrire elle-même un livre pour témoigner ». Le livre, intitulé Autobiographie d’Alice Toklas, paru en 1933, aura un succès retentissant aux États-Unis comme en France. Traduit et publié en 1965, il fera connaître la personnalité charismatique de l’Américaine excentrique, installée à Paris avec sa collection de tableaux et son salon littéraire dans lequel se pressait tout ce que le Paris du 20e siècle comptait « de génies locaux et expatriés ». Elle était amie de Matisse, Picasso, Braque, icône et lesbienne. Sa relation avec Alice Toklas fut à la fois amoureuse, intellectuelle et artistique. Alice devint la confidente et la première lectrice de Gertrude Stein, jouant un rôle essentiel dans sa vie et dans la gestion de son célèbre salon de la rue de Fleurus.
Écrit à la frontière du récit autobiographique, de l’essai littéraire et de la méditation, le texte offre une réflexion sur ce qui nous construit : les lectures, les figures admirées, les lieux que l’on habite, les histoires qui continuent de résonner en nous longtemps après qu’elles ont disparu. La biographie de Gertrude Stein, dont l’existence et l’œuvre servent de fil conducteur, permet à l’autrice une analyse plus large de la condition des femmes de lettres et artistes. Le passé est alors un espace vivant dans lequel l'autrice aime revenir, une source d'inspiration qui apparaît plus féconde que la simple nostalgie. Le titre, par ailleurs, renvoie à une idée essentielle du livre : l'écriture est un véritable travail de mémoire. Julia Kerninon observe sa propre pratique d’écrivaine et de traductrice, tout comme le rapport qu’elle entretient avec la langue anglaise. Éd. Folio Gallimard, 128 p., 8,10 €. Corinne Amar

-

Jean-Clet Martin, Borges, une biographie de l’éternité. « Aux moments les plus sombres de nos vies, le regard plonge soudainement en arrière, semblable à un flash-back au cinéma, ou en avant, comme sous un rêve usiné par l’avenir. Assez tardivement, nous apprenons de Borges que son œuvre tente de récupérer cette ambiance immémoriale, d’en « compiler l’éternité ». L’auteur ne se contente pas ici de raconter l’existence de l’écrivain argentin : son idée est que la vie de Borges est indissociable de son œuvre. Né à Buenos Aires en 1899, mort à Genève en 1986, il est surtout connu pour ses nouvelles qui ont renouvelé la littérature parce qu’elles mêlaient philosophie, érudition, fantastique et jeux intellectuels. Plutôt que d’évoquer les événements de la vie de Borges, l’auteur privilégie les motifs qui reviennent dans lœuvre : les labyrinthes, les miroirs, les bibliothèques, les doubles, le temps, l'infini, les biographies imaginaires. Le titre fait écho à un des grands thèmes borgésiens, et notamment à son recueil Histoire de l'éternité. Il montre que chez Borges l'éternité n'est pas seulement une idée métaphysique : elle est une manière de penser la littérature. Pour Borges, une bibliothèque peut contenir tous les livres possibles, une carte peut être aussi grande que le territoire qu'elle représente, un homme peut se souvenir de tout ce qu'il a vécu : l’auteur ne cherche pas à expliquer Borges de l'extérieur, il suggère une méthode qui consiste à entrer dans son mode de pensée. Chaque thème abordé est une porte d'entrée dans l'univers borgésien, l’énigme intellectuelle qu’il représente. Il constitue une véritable manière de penser. L’auteur passe ainsi d'une nouvelle à un essai, puis à un poème, observe un symbole, l’analyse, nous montre qu’il réapparaît sous des formes différentes, comme si toute l'œuvre était un immense réseau. Les dates, les événements, les anecdotes, les symboles mêmes – tel le labyrinthe – ne constituent pas une simple chronologie, ils deviennent une image du temps, de la mémoire, de la lecture et même de l'identité. Éd. L’éclat Poche, 350 p. 14 €. Corinne Amar

Romans biographiques

-

Véronique Le Normand, Femme oiseau étoile. Le roman d’Hilma. « L’aventurière en moi cherchait des pistes. Mon mode d’expression ne devait être comparable avec rien d’autre dans le monde passé ou contemporain. » Dans ce roman biographique, Véronique Le Normand retrace la trajectoire d’Hilma af Klint (1862-1944), artiste suédoise, pionnière méconnue de l’art abstrait. Ce n’est que quatre décennies après sa mort, lors d’une exposition à Los Angeles en 1986, que son œuvre apparaît comme décisive dans l’histoire de l’art moderne. Au tournant du XXe siècle, sa peinture visionnaire nourrie de spiritisme et de théosophie se détourne du figuratif pour donner à voir une nouvelle dimension, peuplée de formes géométriques, de spirales et de pétales géants aux couleurs lumineuses. Comme Kandinsky et Kupka, elle s’est imprégnée de sciences occultes, de philosophie et de mathématiques, a irrigué son art de spiritualité et « a cherché à peindre la réalité invisible de la vie. » Née dans une famille d’officiers de la marine suédoise, à l’esprit ouvert, elle a bénéficié du soutien inconditionnel de ses parents, attentifs à sa singulière sensibilité. Hilma af Klint a choisi le célibat, elle a « dit OUI à une vie dédiée à la création artistique, tout entière consacrée à bâtir une oeuvre sans jamais jouir d’aucune reconnaissance. » Elle a rempli des centaines de cahiers d’esquisses, de notes et de réflexions sur sa quête picturale. Avec Anna Cassel, Cornelia Cederberg, Sigrid Hedman, Mathilda Nilsson, elle a formé, de 1896 à 1905, le groupe des Cinq. Ces femmes artistes se réunissaient pour des séances de spiritisme, ne traçaient aucune frontière entre vision du monde scientifique et spirituelle, entre masculin et féminin et cultivaient une puissante sororité. Même si les sociétés scandinaves étaient plus évoluées quant à la place accordée aux femmes, le parcours d’Hilma af Klint est révélateur de la difficulté des femmes artistes à faire entendre leur voix. Une rétrospective de son oeuvre audacieuse se tient au Grand Palais jusqu’au 30 août. Éd. Actes Sud, 224 p., 21 €.. Élisabeth Miso

Correspondances

-

Jean Paulhan & Rainer Maria Rilke, Correspondance 1925-1926. Édition établie, préfacée et annotée par Bernard Baillaud. C’est le 14 février 1925, jour de la mort de Jacques Rivière, que débute la correspondance entre Jean Paulhan, futur rédacteur en chef de La Nouvelle Revue française, et Rainer Maria Rilke, qui séjourne pour la dernière fois dans la capitale française (« Et moi, toujours encore pris et repris dans les filets de Paris qui, hélas, ont cessé d’être bleus »). Leur amitié sensible – qui s’étend à la compagne de Rilke, Baladine Klossowska, et à celle de Paulhan, Germaine Pascal – imprègne leurs échanges pendant les deux années qui précèdent la disparition du poète, en décembre 1926. Quelques projets se dessinent : rendez-vous avec Gaston Gallimard ou au théâtre ; invitations au restaurant ou dans l’atelier de Jean Paulhan au 9, rue Campagne-Première ; réunions avec d’autres écrivains (Bernard Groethuysen, Paul Valéry, Odilon-Jean Périer, André Gide)... Et lorsque Rilke revient en Valais, où la leucémie le rattrapera, la distance est comblée par des témoignages de confiance renouvelée et des partages de choses quotidiennes. Grâce à cette relation pleine d’égards, des poèmes en français de Rilke sont publiés dans La NRF en juillet 1925, ainsi que « le petit manuscrit de [ses] essais de latinité » – Vergers suivi des Quatrains Valaisans – au printemps 1926 dans la collection des éditions de la NRF, « Une oeuvre, un portrait », dirigée par Jean Paulhan. Éditions Claire Paulhan, juin 2026. (91 photos et fac-similés), 240 p., 25 €. Présentation de l’éditeur

Revues

-

Les Moments littéraires n° 56. La Revue de l'écrit intime
Grégoire Bouillier. Le rapport, un nouveau genre littéraire
De Rapport sur moi à Un Printemps avec Arsène Lupin en passant par Le Dossier M, Grégoire Bouillier suit sa propre voie. Comme le roman, l'essai, l'autobiographie, voire la poésie ne lui convenaient pas, il décida dès son premier livre de faire à sa guise et inventa un nouveau genre littéraire : le rapport. Ses trois premiers livres avaient habitué le lecteur à de petits formats (moins de 160 pages). Puis vinrent les 1 800 pages du Dossier M. Depuis ses livres font toujours plus de 400 pages. Pourquoi cette inflation de mots ? Grégoire Bouillier travaille la veine autobiographique comme le conseillait François Mauriac dans ses Mémoires intérieurs : « l'auteur d'une autobiographie est condamné au tout ou rien. Ne dis rien si tu ne dois pas tout dire : ton monologue doit être l'expression du magma. ». C’est pourquoi Le dossier M est monumental (deux volumes de 900 pages et un site internet comportant des textes-bonus).
Dans ce dossier, vous trouverez :
• Rapport sur Bouillier d'Hervé Le Tellier ;
• entretien avec Grégoire Bouillier ;
• Chut(e) un inédit de Grégoire Bouillier
Également au sommaire du n° 56
Laurent Dauptain, entretien & portfolio
Laurent Dauptain est peintre. Si son oeuvre comporte des portraits, des paysages urbains, des marines et des natures mortes, c'est l'autoportrait qui domine sa production. Entre 1997 et 2024, il en réalisa 240, constituant ainsi une sorte de journal intime.
Michel Braud, Journal de Cracovie, 1990-1991
En 1987, jeune professeur certifié, Michel Braud est affecté comme lecteur à l'université Jagellonne de Cracovie. À partir de 1990, il tient un journal. Les pages que nous publions montrent la vie au quotidien, et les changements politiques que la Pologne a connus en 1990-1991.
Michaël Ferrier, Les jours Ferrier
Michaël Ferrier vit au Japon depuis 1992, où il enseigne la littérature à l'université Chuo (Tokyo). En janvier 1988, il commence à tenir un journal, que l'on peut qualifier de journal intime, d'herbier de voyage ou de laboratoire d'écriture.
Ferdinand Bac, Journal 1922
Ferdinand Bac (1859-1952) est un écrivain, dessinateur, caricaturiste, décorateur, paysagiste et lithographe. Tout au long de sa vie, il ne cessera d'écrire, entretenant de nombreuses correspondances avec ses amis et tiendra son Livre-Journal, dont les années 1919, 1920 et 1921 ont été publiées aux éditions Claire Paulhan.
La Chronique d'Anne Coudreuse
Cahier de 11 photographies en couleur. Parution le 25 juin 2026, 174 p., 19 €. Présentation de l’éditeur
https://lesmomentslitteraires.fr/abonnement/sabonner.html
https://lesmomentslitteraires.fr/

***********************************************************

Prix Clarens du Journal intime
2026. Première sélection
Les six livres retenus sont :
Pierre Bergounioux, Carnet de notes, 2021-2025, Verdier ; Joan Didion, Notes à John, Grasset ; Paul Gadenne, Carnets 1937-1947, Éditions Des Instants ; Julien Green, Toute ma vie. Journal intégral (T IV 1951-1958), Bouquins ; Derek Jarman, Nature Moderne, Actes sud ; Paul Nizon, Le Clou dans la tête. Journal 2011-2020, Actes Sud.
Le jury est composé de Daniel Arsand, Michel Braud, Béatrice Commengé, Colette Fellous, Blandine de Caunes, Gilbert Moreau (président du jury), Claire Paulhan, Robert Thiéry. Il se réunira en octobre pour établir la sélection finale ; le lauréat sera désigné fin novembre.
https://lesmomentslitteraires.fr/

-