FloriLettres

Lettres choisies - Mary Cassatt et Durand-Ruel

édition octobre 2026

Lettres et extraits choisis

19. Mary Cassatt à [Paul Durand-Ruel]

[Début de l’été 1894]

Mesnil-Beaufresne

Par Fresneaux-Montchevreuil (Oise)


Cher Monsieur,

Je viens vous demander de vouloir dire à Madame Aude1 que j’ai un service à lui demander. Nous sommes enfin installé [sic] ici et, même avant de venir, j’ai eu assez de mon métier de propriétaire ; j’ai donné presque trois mois de mon temps et je sais [sic] que j’aurai encore une partie de l’été à consacré [sic] à donner des ordres, et je me demande quand je trouvera le temps de faire un peu de peinture ! Madame Aude connait les propriétaires de Trie2. Serait-elle assez bonne pour leur dire que je mets en vente le Mesnil-Beaufresne3 ?

La maison est très bien, très saine. J’ai fait mettre l’eau, etc., enfin je ne peux pas dire que tout n’est pas bien, mais je ne veux plus donner des ordres aux ouvriers, qui du reste n’obéissent pas.

Nous avons eu la propriété bon marché, 39 000 frs. et 4 hectares de prairie sont loués à raison de 80 frs. l’hectare. Nous avons fait des frais, mais je n’en connais pas le chiffre encore.

Ce que je veux, moi, c’est la liberté de travailler. Ma mère4 n’est plus d’âge, ni de force à s’occuper du dehors, et moi je ne veux pas le faire. Mes frères vont assez se moquer de moi, mais je ne dis rien [avant de l’avoir] vendu[e], et reconquis ma liberté, décidément c’est la meilleure chose dans ce monde.

Je suis toute [sic] à fait malade des ennuis que j’ai eu à faire faire un peu de travaille [sic].

Agréez, cher Monsieur, je vous prie, mes meilleurs compliments pour vous et tous les vôtres. Vous ne connaissez pas votre bonheur d’être seulement locataire5 !

Mary Cassatt

M. Degas déclare que les architectes sont la dernière classe de la société.

 

……...

 

22. Georges Durand-Ruel à Mary Cassatt

Lettre tapuscrite Paris, le 24 octobre 1894

Mademoiselle Cassatt

Mesnil-Beaufresne 
Par Fresneaux-Montchevreuil, Oise


Chère Mademoiselle,

J’ai reçu votre lettre du 20 octobre et déposé trois mille f[rancs] au nom de Madame votre mère chez Drexel Harjes & Co. Le tableau de Degas pour Monsieur Havemeyer n’est pas encore parti ; Monsieur Degas me dit qu’il [ne] sera pas prêt d’ici un mois.

Recevez, chère Mademoiselle, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

Geo. Durand-Ruel

 

33. Mary Cassatt à [Paul Durand-Ruel]

Papier bord. de noir 18 juillet [1896 ou 1897]

Mesnil-Beaufresne


Cher Monsieur,

J’ai vu hier chez Braun et Cie1 le Monsieur qui m’avait écrit au sujet du Velasquez2. Il existe en Espagne, à Madrid ou à Séville, un Velasquez d’une « authenticité absolument indiscutable » et ce tableau serait à vendre ou pourrait être à vendre si un offre était fait [sic].
La personne qui a donné ce renseignement à la maison Braun n’est pas en ce moment à Paris, ne sera de retour que vers la fin du mois d’Août. Cela a parru [sic] à ce Monsieur inutile d’écrire de suite, et je n’ai pas insistée [sic]. Maintenant, le tableau n’est pas un portrait, mais un tableau religieux. Je ne serai[s] pas étonnée que cela fût un St Pierre qui appartient à la duchesse à Madrid, car un tableau de ce sujet et de Velasquez se trouve sur la liste de la Maison Braun, soit qu’ils l’ont photographié, soit qu’ils doivent le faire. Voilà tous [sic] ce que je sais, mais si c’est un beau Velasquez, cela vaut la peine de s’en informer, et comme portrait, mais [sic] amis seront obligé[s] de se contenter des Goyas. J’en parlerai à Madame Havemeyer quand je la verrai, ce qui sera bientôt j’espère. Je regrette de dire que le Château du Jard est loué ; j’espérai [sic] vous avoir pour voisins cette année.

Agréez, cher Monsieur, je vous prie, mes amitiés sincères.

Mary Cassatt

 

38. Mary Cassatt à [Paul Durand-Ruel]

Papier bord. de noir Lundi [juillet 1897]

Mesnil-Beaufresne


Cher Monsieur,

Je viens de recevoir votre lettre à l’instant. Je suis heureuse de savoir que vous êtes encore une fois grand-père1. Veuillez, je vous prie, transmettre à Monsieur et Madame Joseph Durand-Ruel, mes félicitations. J’attends journellement des nouvelles d’une naissance dans la famille de mon frère2.
Monsieur Havemeyer est à Londre [sic], comme vous savez, mais en route pour le Cap Nord, sur le yacht Eleonore avec des amis. Madame Havemeyer ne sait pas encore si elle et ses enfants doivent l’accompagner. Étant malade en mer, elle a peur de se risquer. Je n’ai pas encore de ses nouvelles depuis son arrivé [sic] à Londre [sic], mais je lui ai écrit et j’espère qu’elle viendra ici. Ils comptent être à Paris au mois de septembre. J’avais écrit à Madame Havemeyer au sujet de cette galerie dont vous m’avez parlé, où il se trouvait plusieurs tableaux de peintres primitifs italiens. Je lui disais que je serai [sic] contente qu’elle les vit, car j’espérai [sic] faire acheter quelques-uns par la ville de Pittsburgh, ou plutôt le Musée.

Agréez, cher Monsieur, mes amitiés.

Mary Cassatt

 

40. [Paul] Durand-Ruel à Mary Cassatt

Paris, 18 août 1898

Mademoiselle Cassatt

 

Chère Mademoiselle,

Je reçois d’Amérique le renseignement suivant. On m’écrit que M. Havemeyer a vu la photographie du Courbet Femme au miroir1 que nous vous avons montré dernièrement, que le sujet ne lui déplaît pas mais qu’il attend pour se décider l’avis d’une personne à laquelle il a écrit en la priant de voir le tableau.
Je pense que c’est à vous que M. Havemeyer a écrit. Je serais bien aise en ce cas, de savoir si vous êtes d’avis que le tableau doit être acheté car il ne m’appartient pas et on vient précisément de me demander de le reprendre. J’ai obtenu quelques jours de répit pour avoir le temps de vous consulter. Ma fille, Madame Aude, doit revenir demain de Chantilly après une absence de 5 semaines. Dès que les grandes chaleurs seront passées elle sera charmée d’aller vous rendre visite avec son mari et sa soeur2.

Veuillez agréer, chère Mademoiselle, l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.

[Paul] Durand-Ruel

 

41. Mary Cassatt à [Paul Durand-Ruel]

Papier à en-tête 20 Août [1898]

Mesnil-Beaufresne
Fresnaux-Montchevreuil
Mesnil-Théribus (Oise)


Cher Monsieur,

En effet j’ai reçue [sic] une lettre au sujet de La Belle Hollandaise [sic]1 et j’avais répondu de suite en disant tout le bien que je pense de ce tableau.
Ma lettre doit être déjà reçue, ou le sera Lundi ou Mardi de la semaine prochaine. Il ne m’a pas paru, d’après sa lettre, que Monsieur Havemeyer tenait beaucoup à acheter en ce moment. Les Américains ont la tête à autre chose en ce moment, sans doute, car qui peut savoir ce que notre nouvelle politique peut nous amener ou pourra nous mener2.
Je suis bien contente de savoir que je pourrai avoir le plaisir de voir Madame Aude et Madame Dureau et ces Messieurs. Je préviendrai mes voisins qui aussi désirent vivement revoir leurs amis. Les d’Estainville ont une automobile. On n’entend que cela maintenant par ici. On entend et on sent, car l’odeur est peu agréable3.
Croyez-vous que vous pourrez trouver amateur pour le dessin de Courbet4 ? Comme on n’a trouvé personne à 500, peut-être pourrait-on à Paris à 300 francs. Je crois qu’on accepterait ce prix, même peut-être une petite réduction là-dessus. Cette dame tient beaucoup à vendre.

Mille amitiés, cher Monsieur. Peut-être pourrez-vous décider et venir jusqu’ici avec les autres ? Cela me ferait bien grand plaisir.

Mary Cassatt

 

Joseph Durand-Ruel à Georges Durand-Ruel

Paris, 3 mars 1908

Messieurs Durand-Ruel & Cie, New York

Mon cher George,

[…] Miss Cassatt est venue avant-hier ; je lui ai remis les articles de journaux américains qui pourraient l’intéresser, avec les catalogues de nos expositions d’Amérique. Elle a reçu une lettre au sujet d’une exposition de femmes artistes qui doivent exposer à New York dans les galeries Knoedler1 ; elle trouve ces expositions de femmes ridicules et te prie de ne rien prêter à Knoedler s’il en est encore temps. […]

Jos. Durand-Ruel

 

Joseph Durand-Ruel à Georges Durand-Ruel

Lettre originale en anglais, tapuscrite New York, 25 nov. 1908

M. Durand-Ruel, Paris

[…] Miss Cassatt est partie hier soir pour Philadelphie où elle restera une semaine […] Je ne pense pas qu’elle puisse nous être d’une quelconque utilité ici, car elle parle beaucoup trop et en vain. Comme tu le sais, elle est de plus en plus folle des maîtres anciens et elle passe son temps à conseiller aux gens d’acheter des tableaux anciens coûteux pour les musées ou pour eux-mêmes et de négliger les tableaux modernes.

Jos. Durand-Ruel

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Pour les notes, se référer à l’ouvrage.