Virginia Woolf et Vanessa Bell
Baisers du Singe. Correspondance
© Éditions de La Table Ronde, avril 2026
1. Vanessa à Virginia
Samedi. [22 octobre 1904]
46, Gordon Square, Bloomsbury.
Mon Singe adoré,
Me voilà enfin sous notre propre toit ! J’ai reçu ta charmante lettre ce matin et j’en ai été enchantée. Depuis que je t’ai vue j’ai été très occupée. Je suis venue ici directement hier matin et j’y ai trouvé Violet. Thoby s’est montré lui aussi, mais il est reparti rapidement car il n’y avait pas grand-chose à faire et je voulais rapporter des cartons vides à St C[hristopher’s] Place. Nous nous sommes donc mis en route en 4 roues et avions quitté le square lorsque nous avons vu Madge se diriger vers la maison dans un fiacre. J’ai fait demi-tour pour la rattraper et nous avons bien discuté. Elle m’a tout raconté de la tragédie Furse. Elle dit que K. est merveilleuse et très courageuse.
Elle a tout mis en ordre et compte vivre avec Margaret et Harry Furse à Netherhampton.
Elle ne supporte plus tout ce qui l’entoure à Hockley et s’en va séjourner un moment chez les Harmsworth.
Le bébé est blond et très calme — il n’a rien d’un Furse — mais Peter est le portrait de Charles. Katharine se porte bien, mais ils craignent toujours qu’elle contracte une fièvre ou autre car le bébé n’a qu’une semaine.
Madge lui a rendu visite et retourne la voir aujourd’hui. J’espère qu’elle pourra repasser ici avant. Après avoir vu Madge, je suis allée à St C[hristopher’s] Place et j’ai déjeuné avec Thoby. J’ai ensuite emballé et envoyé tes affaires qui sont j’espère arrivées hier soir ? Le café t’a été envoyé par Violet et Thoby mais j’ai bien peur que tu ne l’aies pas reçu à temps pour le petit déjeuner. As-tu envie d’autre chose ? À ma grande surprise Kitty m’a envoyé un télégramme pour savoir si elle pouvait venir dîner hier soir, et lorsqu’elle est arrivée elle m’a demandé si elle pouvait rester dormir ! J’ai rarement dormi sous le même toit qu’elle. Thoby et Gerald étaient là pour le dîner, ce qui fait que je ne l’ai pas beaucoup vue seule. Elle a posé de nombreuses questions affectueuses à ton sujet mais comme tu le sais je n’ai jamais pensé qu’elle comprenne réellement toutes tes fantaisies. Cela dit elle était très agréable et jolie et a beaucoup parlé avec Thoby. Ce matin Gerald et moi sommes allés à l’enterrement de Margaret Hills. Le pauvre Eustace marchait seul avec Jack derrière le cercueil 3. Il semblait avoir reçu un choc terrible et était très pâle. La scène était parfaitement tragique, tout le monde pleurait — et la foule était dense. Toute la famille Hills, Flora Baker, tante Mary, Jo et Jamie juste devant nous 4.
Je n’ai parlé à personne. La musique était très belle. Nous étions à l’église de Sloane St. où elle s’était mariée. Je n’ai pas vu Jack mais j’espère le voir bientôt même s’il va sûrement devoir passer beaucoup de temps avec Eustace. Je me demande s’ils pourraient vivre ensemble. Ils forment une triste paire. Après l’enterrement je suis retournée emballer mes affaires à St C[hristopher’s] Place avant de venir ici. Un soulagement d’en avoir fini avec tous ces voyages. Mon pauvre Singe — ce n’est pas ton cas. Mais je suis sûre que Londres te ferait du mal en ce moment. Profite de ton séjour chez les quakers pour bien te nourrir. Les truies sont de bonnes bêtes et peuvent se montrer utiles. Et elles se révèlent parfois futées, quand on sait en prendre soin. J’ai hâte de savoir comment tu as dormi. Si le calme et le chocolat n’aident pas j’irai voir Savage pour lui demander quoi faire mais je suis sûre que c’est le manque de nourriture qui te maintient éveillée. Quand tu avais ce qu’il te fallait à Teversal tu dormais toute la nuit. N’en fais pas trop.
Comme j’aimerais que tu ailles mieux. Tout ennui et fatigue vaut la peine d’être supporté si cela peut t’éviter une nouvelle crise — et je pense vraiment que tu étais sur le point d’en avoir une ici.
J’ai oublié de te dire que Snow est venue prendre le thé avec moi hier et ensemble nous avons établi un plan que j’espère tu approuveras.
J’écris à Mr Crofts pour lui demander si je pouvais retourner à la R[oyal] A[cademy] en novembre — étant donné que j’ai été si souvent absente l’année dernière. Sargent y sera à ce moment‑là et je donnerais n’importe quoi pour étudier 4 semaines avec lui. Après cela j’aimerais aller à la Slade [Slade School of Fine Art]. Mais il me semble que si je pouvais d’abord avoir Sargent je serais comblée. J’espère qu’ils m’y autoriseront — ça serait me rendre un grand service, si bien qu’il est très probable qu’ils refusent. En tout cas ça ne coûte rien de demander.
Mon bébé — j’ai hâte de savoir comment tu te portes. Tu as besoin d’être dorlotée pendant un an. Écris-moi chaque jour — mais ne te fatigue pas à écrire de longues lettres, réponds simplement à mes questions et je serai satisfaite.
Ta Maria
Impossible de trouver un stylo.
[Lettre écrite au crayon.]
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149. Virginia À Vanessa
Dimanche 8 mai 1927
52, Tavistock Square
Chérie,
Tiens, tiens. Clive semble avoir une imagination débordante. Non seulement il les a tous fait hurler de rire — Dadie, Raymond, Nancy [Cunard] et un Américain quelconque — en leur rapportant les propos de Leonard et les miens, mais il a été si persuasif que j’ai eu le plus grand mal à convaincre Dadie, de qui je tiens ces propos, que notre voyage n’avait pas été un échec complet. Je serais très curieuse de savoir pourquoi il fait cela. Il doit y voir quelque obscure jalousie derrière tout ça. Il est envieux, non pas de ton affection pour moi, qui n’existe pas, mais de la mienne pour toi — à moins qu’il veuille se vanter d’être dans notre intimité. C’est gentil mais naïf de ta part d’essayer de me consoler en me transmettant ses compliments. Ne sais-tu pas que le Singe flaire désormais la flatterie à mille lieues et n’en a cure ? Mais j’ai tellement envie de tes tableaux que je vais continuer à me livrer. Clive, je crois, est le seul dont il faut se méfier, et il paraît qu’il est attendu au 50 [Gordon Square] ce soir. Mais préviens-moi la prochaine fois qu’il y a une oreille malveillante dans la maison et je changerai de ton.
J’ai moins de potins que d’habitude, ne pouvant pas recevoir à dîner tant que Nelly [Cecil] ne sera pas rentrée, et parce que je suis d’humeur peu sociable. On a sonné à la porte hier soir et nous n’avons pas ouvert ; quand nous avons fini par jeter un coup d’oeil par la fenêtre de la salle de bains nous avons vu Julia Strachey lever les yeux vers nous : nous nous sommes vite cachés, et elle est partie. Mais Ottoline est à Gower Street ; Vita est rentrée [de Perse] ; Raymond est rentré. Je viens de voir Vita, mais en coup de vent à Londres, assez perturbée. Voici un grand secret (sans doute connu de tout Londres) Harold quitte les Affaires étrangères. Reconnaissons que c’est tout à son honneur. Il a plus de 40 ans : aucune fortune personnelle ; et il renonce à sa carrière alors qu’il était presque au sommet — Il prétend tellement s’ennuyer dans le monde diplomatique qu’il ne se voit même pas ambassadeur. Bloomsbury peut s’en enorgueillir. Nul doute qu’il trouvera beaucoup mieux ; c’est toujours le cas : il n’empêche que, d’après Vita, toutes ses relations auront le coeur brisé. Elle, je dois dire, était plutôt admirative ; elle était passée au large de Cassis avec son bateau mardi, et avait pensé à toi. Je ne pouvais pas en dire autant de toi. Je t’ai envoyé deux exemplaires du Phare, l’un de la part de la Press, et l’autre de ma part (mais je crains d’avoir oublié de te le dédicacer).
J’espère que tu écriras et me donneras ton avis. Je voudrais qu’il soit bon, celui des autres m’importe moins. Le sujet était sans doute un peu risqué : Mais ces choses se jouent en un instant — ça m’est venu un après-midi au Square — a priori sans préméditation — comment te viennent les tableaux ? Brusquement en un instant ? L’ennui avec les livres, c’est que tout le monde se sent obligé de vous en parler. J’imagine que cela va commencer la semaine prochaine : et ils vont tous dire des choses différentes, et je serai très contrariée et très contente et en même temps ça me fatiguera ; car j’ai 2 autres livres à écrire ; je voudrais quand même ton avis, qu’il soit bon ou mauvais, ceux de Duncan, de Lytton et de Morgan aussi : c’est tout, je crois. Leonard le considère comme mon meilleur livre ; mais je crois qu’il n’a guère le choix. […]
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150. 11 mai [1927]
Villa Corsica [Cassis]
Mon Billy,
Tu me pardonnes. Quel soulagement. Même ton cœur de pierre et de raison serait touché s’il savait avec quelle anxiété j’attendais une lettre. Mais je t’aurais écrit, même si tu ne m’avais pas pardonné, au risque de tendre le bâton pour me faire battre. J’avais de toute façon ravalé mon orgueil et je mangeais la poussière à tes pieds, après avoir lu le Phare. Je n’ai pas la prétention de croire que mon opinion littéraire puisse vraiment t’intéresser et il me serait difficile voire impossible de l’exprimer en un mot. À vrai dire, je suis la personne la moins bien placée au monde pour énoncer un avis esthétique à son propos — je sais seulement qu’il me fait l’effet d’une œuvre d’art, un sentiment qui prend peut-être forme peu à peu et qui doit être extrêmement fort pour s’être imprimé en moi en plus des autres sentiments que tu as provoqués. Je dois être la seule personne au monde qui puisse avoir ces sentiments, du moins les éprouver aussi intensément, alors même s’ils t’importent peu, cela t’intéressera peut-être d’en connaître la portée. D’autant qu’ils révèlent quelque chose de la qualité esthétique de ton art d’écrire si particulier. Quoi qu’il en soit, il m’a semblé que tu avais donné de Mère, dans la première partie du livre, un portrait plus ressemblant que tout ce que j’aurais cru possible. Il est presque douloureux de la voir ainsi ressuscitée. Tu as su rendre l’extraordinaire beauté de sa personne, ce qui doit être la chose la plus difficile à faire au monde. J’avais l’impression de la revoir, en tant qu’adulte et sur un pied d’égalité, et cela relève je trouve du tour de force créatif d’avoir pu la voir de cette façon. Tu as rendu Père avec la même clarté, mais peut-être, encore que je puisse me tromper, est-ce moins difficile. Il offre plus de prise. Je trouve néanmoins que rien n’a jamais donné une idée aussi juste de qui il était. S’agissant de l’art du portrait, tu es donc pour moi une artiste suprême et c’est tellement bouleversant de me retrouver face à eux à nouveau que je peine à penser à autre chose. Depuis deux jours, je peine même à participer à la vie quotidienne. Duncan et moi avons parlé d’eux, puisque nous avions chacun notre exemplaire, chaque fois que nous nous sommes retrouvés tous les deux, Roger étant trop furieux d’être exclu pour que nous puissions en parler en sa présence. Je ne pense pas que ce soit parce que je les connaissais que je ressens tout cela, puisque Duncan aussi, qui ne les a pas connus, dit qu’il comprend Mère pour la première fois. Ta vision d’elle se suffit à elle-même et ne sert pas qu’à rappeler des faits.
Mais je ne suis pas douée pour décrire mes sentiments. Je pense toutefois que tu comprendras. Et puis il y a bien sûr la relation entre les deux, qui est peut-être davantage ton sujet, mais elle est tellement indissociable du reste qu’on ne peut l’isoler. Pourtant cela aussi forme un tout et me semble être compris et perçu comme tel.
Je suis d’accord avec Leonard. Je pense que c’est ta meilleure œuvre — tu vois, je ne peux tout à fait éviter d’avoir un avis. Je sais qu’en dépit de mon intérêt personnel je n’aurais pas été émue à ce point si je n’avais pas aussi été touchée sur un plan impersonnel, seulement je suis incapable d’analyser ça pour le moment. [...]
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153. Virginia À Vanessa
Dimanche — 22 mai 1927
Monk’s House, Rodmell
Chérie,
J’ai été si flattée et enchantée par ta lettre que j’ai trottiné toute la journée comme un chiot avec son os. En vérité, tu as anéanti toute ma force de travail : je n’ai cessé de la sortir pour la relire, jusqu’à ce que je me raisonne et j’aille voir Leonard pour lui demander s’il pensait que tu étais sincère. En prenant en compte ton caractère qu’on connaît tous, il a finalement décidé que tu devais l’être. Cela m’a mise au comble d’une satisfaction qu’aucune autre lettre ne m’a procurée — (celle ci-jointe te rappellera peut-être le personnage de Dora Sanger — inutile de me la renvoyer). Mais qu’est-ce que tu imagines que je savais de Mère ? Ça ne pouvait pas être grand-chose — Que crois-tu que Quentin aurait su de toi si tu étais morte quand il avait 13 ans ? On peut beaucoup broder à partir d’un rien ; mais j’ai fait exprès de ne lire ni ses lettres ni la biographie de Père. C’était lui le plus facile, mais j’avais très peur que tu me trouves sentimentale. Il paraît que je donne une impression affreusement lugubre de la famille Stephen. Je croyais que mon livre était assez joyeux. Je ne saurais le garantir, mais je crois que Watts achetait du lapis-lazuli, le brisait avec un petit marteau, et le conservait sous un linge humide. Je crois, également, que les préraphaélites trouvaient plus naturel de recourir à l’argile de jardin, quand c’était possible ; en guise de pigment. Lord Olivier m’écrit que j’ai tout faux en horticulture et en sciences naturelles : il n’y a pas de freux, pas d’ormes, et pas de dahlias dans les Hébrides ; je me trompe sur les moineaux ; pareil pour les œillets : et une femme ne meurt pas en couches au troisième mois — Il sous-entend que Prue se serait fourvoyée (chose fréquente dans les Hébrides) et était enceinte de 9 mois. Voilà le genre de problèmes que les peintres ne rencontrent pas.
Si nous n’étions pas venus ici passer le dimanche, j’aurais vu Clive : cela m’aurait peut-être permis d’éclaircir le mystère. C’est une drôle de situation : Mary est là ; il semble bien s’entendre avec elle ; mais (d’après Eddy) il répète aux uns et aux autres qu’il est malheureux ; il s’agite ; se plaint ; radote que son temps est passé, qu’il est fini, comme il le faisait avant son départ. En réalité, je pense qu’il est revenu au point de départ avec Mary : elle l’exaspère et le pousse à bout ; et il n’a plus d’échappatoire. Je déjeune avec lui mardi, mais pas seul à seule. Je crois qu’il souhaite non pas se confier, mais plutôt qu’on s’intéresse à lui. Tu seras déjà rentrée. Allons, Dauphin, assez tergiversé, il faut rentrer. Les gens vous aiment beaucoup Duncan et toi — que vaut la vie sans les joyaux de notre diadème, disent-ils — on entend les gens les plus improbables se livrer soudain à une poésie bâtarde ; des gens n’ayant jamais parlé autrement qu’en simple prose ; des gens comme Arthur Waley, Ray Strachey ou Lisa Stillman — Une voix au téléphone m’a replongée hier dans mes souvenirs les plus fous — de St Ives — celle de Gerald — le trapèze sur le palier. « J’essaye de trouver les photos de Maman par Cameron — as-tu des négatifs à me prêter ?… J’aimerais tant vous revoir, Nessa et toi… Ah, elle est en France ? Vanessa est toujours en France ! Je réessayerai dans quelques semaines. » Et puis l’apparition, pourtant d’une intensité saisissante, s’est évaporée. Mais comme je te le disais, il faut revenir à la réalité. Quel intérêt y a-t-il à s’épanouir dans un lit d’orties à l’autre bout de l’Europe ? Ottoline rôde ; mais ne disparaît jamais — Elle est toujours à Garsington ; Philip est installé au Nation où il chatouille le menton de Mrs Jones, et Leonard arrive pour trouver les initiales « P.M » à apposées sur tous les livres les plus intéressants. « Oncle Philip voudrait qu’on lui réserve ceux-ci, s’il vous plaît, Mr Woolf » lui dit Mrs Jones malicieusement. Leonard ne répond pas. En sortant, il dit l’air de rien : « Mr Morrell peut faire un court billet sur les Aztèques s’il le souhaite ; mais s’il écrit plus de 50 mots, je taillerai dedans. » Si les Morrell viennent s’installer à Londres, ces câlins et ces chatouilles, pour parler en euphémismes, pourraient se multiplier ; et ne voulant pas d’une nichée de bâtards, il se peut qu’Ottoline reste où elle est.
Je suis aussi allée à Oxford parler de poésie et de fiction à la jeunesse des deux sexes. Ils sont jeunes ; ils sont naïfs ; ils ne connaissent rien à l’une ni à l’autre — Ils s’installent par terre et posent des questions candides sur Joyce — Ils m’ont paru à des années-lumière des jeunes de Cambridge ; Quentin et Julian n’en feraient qu’une bouchée. (...) C’est curieux comme on les fascine, pour le moment — du moins ce groupe-ci. Roger, ce vieux sorcier, les a complètement envoûtés — j’ai feint d’être sa complice, ce qu’hélas je ne suis pas, pour briller un peu à leurs yeux. Clive, ont-ils dit, est très drôle ; mais Roger Fry est pour nous la véritable tête pensante. Et puis Vita était là, étonnante ; pareille à un saule ; si élégante, sur ses longues jambes blanches avec un ruban carmin ; mais un peu gênée de devoir retirer ses bas et s’enduire de pommade pendant le dîner, à cause des moustiques — C’est ce qui me plaît dans l’aristocratie. J’aime les jambes ; j’aime les piqûres ; j’aime cet esprit d’une arrogance et d’une inconscience totales — le fait de s’offrir des robes de chambre en soie à £5 puis de déjeuner d’une crème pâtissière (mélange jaunâtre) prélevée avec une fourchette sur une tartelette dont elle abandonne la pâte dans le plat ; de laisser un shilling de pourboire aux portiers qui n’ont pas levé le petit doigt ; et puis — c’est un tout (je ne vais pas entrer dans les détails) splendide, voluptueux, absurde. Elle a aussi un cœur en or, et un esprit persévérant, bien que lent ; et qui a ses moments de lucidité — mais .ça suffit — Tu ne succomberas jamais aux charmes d’une personne de ton sexe — Quel jardin aride le monde doit-il être pour toi ! Tant d’avenues grillagées et pavées de pierres ! J’ai beau avoir énormément de respect pour l’esprit masculin et adorer Duncan (mais Dieu merci, il est hermaphrodite, androgyne, comme tous les grands artistes), je ne leur trouve pas la moindre lueur de charme — Leur présence ne confère aucun lustre au théâtre du monde. (...)
Cette lettre est très très longue, tu serais priée d’en convenir.
Ton B.
Si tu pouvais me rapporter quelques cigares à un penny comme on en trouve à Cassis, je t’en serais éternellement reconnaissante et, mieux encore, te les rembourserais : j’ai pris l’habitude de fumer le cigare en Italie et je n’arrive plus à m’en défaire.