FloriLettres

Lettres choisies - Pierre-Jean Jouve

édition du 19 décembre 2006 (FloriLettres 81)

Lettres et extraits choisis

Pierre Jean Jouve. Lettres à Jean Paulhan 1925-1961.
© Éditions Claire Paulhan.

Lettre 24 : De Pierre Jean Jouve à Germaine Pascal (1)

Jeudi matin [23 février 1928]

Chère amie,
Si vous téléphonez encore à l'imprimeur voulez-vous lui demander de veiller à ce que sur la couverture de la revue (au sommaire) mon nom soit écrit sans trait d'union entre les prénoms ? (Pierre Jean Jouve, et non Pierre-Jean Jouve).
Merci et très amicalement à vous
Pierre Jean Jouve

(1). Jouve envoie cette lettre dactylographiée à Germaine Pascal, qui est depuis 1920 secrétaire de la NRF. A cette date, elle vit avec Jean Paulhan, rencontré en 1916 et dont elle ne prendra le nom qu'en 1933 (…)

Lettre 28 : De Pierre Jean Jouve à Jean Paulhan

13 juin 1928

Très cher ami,

J'ai réfléchi - avec une force assez cruelle - depuis que notre entretien d'hier a cessé, désireux de concilier ma difficile loi intérieure (qui ne se sépare pas de la vie de mon travail) avec le désir de vous plaire à vous qui êtes le meilleur ami de mon œuvre et son juge le plus sûr, et enfin avec l'envie de collaborer à la revue qui est notre ouvrage commun. - Je ne crois pas pouvoir attendre la première publication jusqu'en février, et le livre jusqu'au printemps de l'année prochaine. Je ne crois pas non plus qu'il soit bon de lier le sort d'Hécate à celui du Paradis par compensation ou autrement, et mon avis est que Gallimard n'a pas d'intérêt pour le Paradis.
Si je regarde les problèmes égoïstement de mon côté, je vois que ma destinée littéraire est fixée avec une belle rigueur, que j'aurais tort de vouloir encore composer pour l'adoucir ; je dois seulement faire que mes ouvrages sortent, pour continuer d'avancer.
Je demande à Gallimard de publier l'édition blanche en automne. Pardonnez-moi mon très cher ami.
Pierre Jean Jouve

Si je vois que le projet du 2e roman prend forme, nous pouvons convenir d'une place à l'avance dans la Revue (par exemple été 1929) et rien ne fera plus de difficulté. Nous aurions du agir de cette façon l'hiver dernier.



Lettre 78 : De Pierre Jean Jouve à Jean Paulhan

Paris le 28 octobre 1933.

Mon cher ami,

Ah que vous faut-il donc ? je vous donne à relire :
"Les trois idées de destruction révolutionnaire, de souillure érotique et de progrès spirituel…" "L'obsession sexuelle." Les expériences incantatoires auxquelles il s'acharne sur la peau et (très particulièrement) sur le poil de la bête." "La psychologie des traceurs de graffiti." Réitérations lubriques ou excrémentielles." "Une série d'aspirations équivoques, où l'accès à l'amour divin serait procuré dans les prolongements de l'ordure physique."
"Mais sans doute la beauté et l'art sont-ils plutôt un motif d'enquête qu'un but aux yeux de M. Jouve, cherchant dans leurs dessous leurs raisons les moins avouables."

Pourquoi voulez-vous m'intimider ? Je ne suis plus intimidable. Vous feriez mieux de convenir que vous avez eu le tort de laisser passer un article infâme, dans son intention et dans ses termes, contre l'œuvre élevée et difficile (je m'excuse) d'un de vos fidèles amis, et en un lieu où cet ami se croyait en sécurité.
Dans la voie que vous prenez en prétendant me forcer d'accepter, il n'y a plus que séparation. Je n'ai en tout cas aucune raison d'appartenir à la Nouvelle Revue Française, connaissant quels ennemis j'y ai. A ce propos je vous prie d'effacer Les Deux Etudiants de la liste des titres annoncés.
Je vous serre la main.
Pierre Jean Jouve.


Lettre 80 : De Pierre Jean Jouve à Jean Paulhan

Mon cher ami,

Que je dise la joie que j'ai eue à vous retrouver si simple, si naturel, et si proche. En vérité il ne reste plus rien de toute cette histoire, sinon la réconfortante impression que deux amis " fondés en esprit " peuvent bien se faire souffrir, ils doivent aussi se retrouver.
Vous ne sauriez croire quelle aide vous m'avez immédiatement donnée à propos du titre de la série. Ce titre est Val Etrange.
Je vous embrasse affectueusement.

Pierre Jean Jouve.


Lettre 105 : De Pierre Jean Jouve à Jean Paulhan

Paris le 21 février 1937.

Bien cher ami.
Je serais assez content si RECTIFICATIF pouvait figurer sur la bande de la revue, ceci en rapport avec beaucoup de choses, dans l'intérêt du livre, etc. Je vous le demande très simplement.
Je viens de rencontrer Renéville, qui à ma grande horreur a parlé d'URNE comme d'un " poème psychanalytique ". De tels points de vue rendent impossible qu'il ait à écrire sur MATIERE CELESTE : je crois que telle sera aussi votre opinion. J'aimerais donc que l'on demandât la note à Groethuysen qui lui, sait ; ou si Groethuysen ne peut accepter, à Jean Wahl.
Je vous embrasse affectueusement.

Pierre Jean Jouve


Lettre 106 : De Jean Paulhan à Pierre Jean Jouve

[février 1937]

B[ien] ch[er] ami
Il est bien tard, je crois que la bande est déjà composée et tirée. Mais je vais le demander.
J'écris à jean Wahl.


(Pour l'annotation des lettres, se référer à l'ouvrage)

Avec l'aimable autorisation de reproduction des éditions Claire Paulhan