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Entretien avec Caroline Durand-Ruel Godfroy, Flavie Durand-Ruel Mouraux et Paul-Louis Durand-Ruel. Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition octobre 2026

Entretiens

Caroline Durand-Ruel Godfroy a publié les correspondances entre les peintres Edgar Degas, Auguste Renoir et Paul-Durand Ruel. Paul-Louis Durand-Ruel a publié, en collaboration avec sa nièce Flavie, Paul Durand-Ruel. Mémoires du marchand des impressionnistes (Flammarion, 2024). Flavie Durand-Ruel Mouraux est une historienne de l’art et conférencière spécialisée dans la provenance des œuvres des artistes des XIXe et XXe siècles et leurs marchands.  Ils sont des descendants du marchand d’art Paul Durand-Ruel, qui a soutenu et promu les impressionnistes pour faire connaître leur peinture. Tous trois s’occupent de l’exploitation et de la diffusion des archives Durand-Ruel. 


Vous avez établi, présenté et annoté la correspondance entre Mary Cassatt (1844-1926), peintre d’origine américaine, et le marchand d’art Paul Durand-Ruel ou ses fils, Joseph et Georges. La publication de ces lettres, conservées dans les archives Durand-Ruel, coïncide avec le centenaire de la mort de l’artiste et l’exposition de ses œuvres au Musée d’Orsay… 

En effet, pour publier cette correspondance, nous avons attendu le centième anniversaire de la mort de Mary Cassatt et la grande exposition qui lui est consacrée au musée d’Orsay du 6 octobre 2026 au 31 janvier 2027. Il était vraiment important que l’édition sorte en parallèle de cette actualité et que les chercheurs disposent des informations nécessaires pour la rédaction du catalogue d’exposition. Les conservatrices Caroline Corbeau-Parsons et Anne Robbins sont venues ici, aux Archives Durand-Ruel, lire avec nous les lettres. La correspondance a ainsi nourri les différents essais publiés dans l’ouvrage. Lionel Britten, notamment, chef du service de Documentation de la conservation au musée d’Orsay, est venu aux Archives pour travailler sur un texte consacré aux résidences de Mary Cassatt : Bachivillers et Beaufresne, deux lieux majeurs dans la vie de l’artiste. 
Pour l’annotation, nous nous sommes répartis le travail. Dès les années 1990, Caroline [Durand-Ruel Godfroy] s’était occupée de la transcription des lettres de Mary Cassatt. Paul-Louis [Durand -Ruel] et moi-même [Flavie Durand -Ruel Mouraux], nous nous sommes concentrés, depuis 2018, sur les réponses de Durand-Ruel à Cassatt et sur les échanges entre Durand-Ruel à Paris et à New York. Nous avons donc enrichi cette correspondance de nombreux extraits inédits de lettres entre Joseph et Georges Durand-Ruel et leur père, entre les deux frères, ou adressés à des tiers lorsque Mary Cassatt était évoquée. Joseph et Georges Durand-Ruel, à tour de rôle, dirigeaient la galerie de Paris et celle de New York. Ils séjournaient ainsi alternativement, une année sur deux à New York, où ils restaient d’octobre à mai, la saison s’arrêtant lorsque la forte chaleur faisait partir les clients. Nous avons tout fusionné et travaillé réellement à trois pour l’appareil critique. Les lettres de Mary Cassatt sont toutes en français, à une ou deux exceptions près ; en revanche les lettres des Durand-Ruel entre eux sont souvent en anglais : lorsque l’un ou l’autre écrivait depuis New York, il avait une secrétaire américaine qui ne parlait pas bien le français, ce qui rendait plus simple la dictée en anglais. Nous avons donc traduit en français les lettres de nos ancêtres.

La correspondance débute en 1891 mais la rencontre avec Paul Durand-Ruel est antérieure d’une dizaine d’années… Rappelez-nous dans quel contexte le marchand d’art prend connaissance de la peinture de Mary Cassatt et commence à acheter ses œuvres…

La correspondance débute en 1891, mais il existe une lettre adressée à Mary Cassatt datée de 1881, écrite par l’un des employés de la maison Durand-Ruel. À cette époque, Paul Durand-Ruel commence à acheter les œuvres de l’artiste et on peut supposer qu’ils n’avaient pas besoin de s’écrire puisque Cassatt vivait à Paris. Ils devaient échanger de vive voix. Il en est de même pour Edgar Degas et Durand-Ruel, qui vivaient à proximité l’un de l’autre à Paris. On ne sait pas exactement dans quelles circonstances Paul Durand-Ruel rencontre Mary Cassatt, mais c’est sûrement grâce à Degas, à l’occasion des expositions impressionnistes. Dans les années 1880, la situation financière de Durand-Ruel n’était pas très brillante. La Banque de l’Union générale, qui lui avait accordé une grande partie du crédit nécessaire à ses achats, a fait faillite en 1882, déclenchant une vaste crise économique. Il a dû rembourser des sommes considérables et, peu à peu, les tableaux qu’il avait accumulés ont perdu de leur valeur. Ce rebondissement a provoqué un véritable scandale autour des impressionnistes. Une catastrophe financière qui a failli ruiner Durand-Ruel et, notamment, a rendu désastreuse la situation économique des artistes impressionnistes. En 1884, Durand-Ruel écrivait à Claude Monet que depuis longtemps Cassatt lui disait d’aller aux États-Unis où le peintre aurait certainement beaucoup de succès. « Les affaires sont si nulles à Paris et l’avenir si sombre pour tout le monde en France ». Mais Monet était peu favorable au projet et inquiet à l’idée de voir ses tableaux partir « au pays des Yankees » !

Mary Cassatt a su très jeune qu’elle serait peintre… Elle voulait être libre et indépendante financièrement, comme ses frères…

Mary Cassatt venait d’une famille américaine fortunée. Elle était déterminée à braver les interdits de son milieu à devenir peintre. Elle a fait preuve de persévérance et d’une indépendance de caractère. Elle s’est inscrite très jeune à l’académie des beaux-arts de Pennsylvanie qui était une école d’art très prestigieuse aux États-Unis, où les hommes étaient largement majoritaires. Sa vocation s’est confirmée jour après jour. Mais quand elle s’est lancée ouvertement en affirmant : « la peinture, c’est mon métier », son père lui a dit qu’il ne financerait pas les frais relatifs à son art et qu’elle allait devoir compter sur ses propres revenus. Elle a voyagé en Europe et – décision téméraire pour l’époque – elle a passé six mois toute seule en Espagne. C’est d’ailleurs pourquoi elle connaissait si bien la peinture espagnole. 
Elle avait quatre frères, deux sont décédés, l’un en bas âge et l’autre à 13 ans (la famille est venue en Europe dans les années 1850 pour tenter de le soigner). Alexander Johnston Cassatt (1839–1906), l'aîné, fut un éminent homme d'affaires et président de la Pennsylvania Railroad, qui était la plus grosse société au monde à l’époque. Joseph Gardner Cassatt (1849–1911), le plus jeune de la fratrie, était banquier et homme d'affaires. Mary Cassatt les a parfois conseillés pour l’acquisition de tableaux. Elle avait également une sœur, Lydia Simpson Cassatt (1837-1882), qui est très présente dans son œuvre peinte. 

Quel rôle a joué Edgar Degas dans la carrière de Mary Cassatt ?

En 1874, elle vient s’établir à Paris et expose au Salon officiel un portrait qui est remarqué par Edgar Degas. Trois ans plus tard, Degas invite Mary Cassatt à participer à la quatrième exposition de peinture des « indépendants ». Leur première exposition, en avril 1874, avait donné naissance, par dérision, au mot « impressionniste ». Parmi ces artistes : Eugène Boudin, Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissaro, Auguste Renoir, Edgar Degas… Cassatt rejoindra le groupe et exposera en 1879, les deux années suivantes et en 1886. Degas, de dix ans son aîné, a été son mentor et ils s’admiraient mutuellement. Pour la composition du fameux tableau, Petite Fille dans un fauteuil bleu (peinture à l'huile de 1878), il a conseillé Cassatt et il est même intervenu pour l’arrière-plan. Degas disait qu’il ne pardonnait pas à une femme de si bien dessiner ! Il reconnaissait son talent et son indépendance d’esprit. Ils ont entretenu une amitié et une collaboration artistique pendant une trentaine d’années. Mary Cassatt a pris les choses en main quand Degas, vieillissant, a eu besoin d’une aide compétente à ses côtés. Elle est allée trouver une de ses nièces, Jeanne Fèvre, qui vivait dans le Midi, et lui a demandé de monter à Paris pour prendre soin de son oncle. Jeanne Fèvre s'occupera plus tard de la succession et du droit moral de l'œuvre du peintre, avec René Degas (avec qui elle sera souvent en conflit). Degas a aussi exercé une influence sur l’œuvre gravé de Cassatt. C’est à sa demande en 1879 que Camille Pissaro et Mary Cassatt vont entreprendre un important projet de gravures pour créer une revue d'estampes originales intitulée Le Jour et la Nuit. Degas fait peser sur eux une grande pression, et alors que Cassatt et Pissarro mènent leurs travaux à bien, le projet ne verra jamais le jour. Le seul qui n’est pas prêt, c’est Degas. Comme souvent, il n’est jamais entièrement satisfait, et ses œuvres restent inachevées. Joseph Durand-Ruel raconte que lorsque Degas venait à la galerie et qu’il y avait des œuvres de lui dans son stock, il le surveillait de très près de peur que l’artiste n’emporte chez lui une toile qu’il estimait inachevée et qu’on n’aurait jamais revue. Dans la correspondance, on découvre que Durand-Ruel lui a achetée une peinture qu’il mettra quatre ans à admettre l’avoir terminée et à la déposer à la galerie.

Parlez-nous de la facture et l’originalité de ses peintures et de ses pastels, des thématiques… 

Dès les premières peintures, elle a une touche audacieuse. La copie du tableau du peintre néerlandais Frans Hals (Réunion des officiers et sous-officiers du corps des archers de Saint-Adrien, 1633) réalisée en 1873, qu’on peut voir aujourd’hui au début de l’exposition présentée au musée d’Orsay, montre en quelques coups de pinceau des personnages qui semblent vivre sous nos yeux. Mary Cassatt y apporte une touche spontanée, éclatante. Ce qui est particulièrement intéressant dans ses tableaux et pastels, c’est la manière dont elle réussit à illustrer différentes matières, que ce soit la peau des enfants, le tissu des robes, les tapis ou le bois des meubles qui avoisinent les sujets qu’elle choisit. Elle peint avec précision les visages et crée la profondeur, la mise en scène avec des contours et un arrière-plan plus spontanés, comme un impressionniste. Elle représente toute une vie, un fourmillement, avec quelques touches vibrionnantes.
Dans le pastel qui est reproduit sur l’affiche (Jeune fille au banjo, 1894), on voit qu’elle utilise pour le fond les bâtonnets à plat sur le papier plutôt que de les utiliser par leur pointe. Ce qui donne un aspect hachuré, vibrant. 
Le premier portrait de sa mère, dont les teintes sont plutôt foncées, est impressionnant car le visage, lumineux, semble sortir du tableau. Mary Cassatt se concentre sur le visage et le reste a déjà cette touche très spontanée dont nous avons parlé. 
Quant aux thématiques, Cassatt est connue pour avoir peint beaucoup de « mères et enfants ». Dans ces scènes de la vie quotidienne, les enfants semblent en mouvement, vivants, ce ne sont pas des « poupées figées », ils ont des expressions qui leur sont propres. Le style de Cassatt est vigoureux. Quand elle était à Bachevillers puis à Beaufresne, elle a peint des paysannes et des enfants du village. Les Mères et enfants, représentés dans les tableaux, n’ont pas forcément de liens de filiation, ce sont le plus souvent des personnes du village qui posent. Elle a aussi représenté des femmes qui prennent le thé, s’instruisent en lisant, font du crochet, vont au théâtre. Des femmes qui se cultivent et aiment les arts. En 1893, Cassatt développe aussi une allégorie à la gloire de la « femme moderne » dans un décor mural monumental pour le Pavillon de la femme à l’Exposition universelle de Chicago. Les jeunes filles qu’elle met en scène cueillent le fruit de la science ou de la culture. Tout en douceur, elle affirme dans son travail la place de la femme et fait passer un message fort pour qu’elle soit indépendante. On voit aussi, dans un tableau de 1881, sa sœur Lydia conduisant l’attelage d’une calèche avec un valet de pied à l’arrière et une petite fille à ses côtés qui est Odile Fèvre, la nièce de Degas. Cassatt met en avant, dans cette toile, l’autonomie de la femme.
Un autre tableau, intitulé L’automne, représente Lydia sur un banc. Son regard se perd, il y a une certaine tristesse, mais les couleurs sont chatoyantes, vert, ocre, rouge, orangé. Le manteau de Lydia est couleur d’automne. C’est un peu comme si l’être humain rentrait dans la nature. Cassatt aime capturer un instant précis. Ses cadrages sont singuliers. Degas l’a sans doute influencée pour les prises de vues en angle perdu issues du japonisme. Les estampes japonaises sont d’ailleurs très à la mode à l’époque et vont vraiment marquer les impressionnistes. 

Justement, les estampes japonaises intéressent Mary Cassatt, et elle se met à réaliser des gravures, pointes sèches, vernis mou et aquatintes avec une simplicité qui rappelle les aplats de couleurs de ces estampes. (On lit dans la correspondance que les impressions des pointes sèches sont effectuées par l’artisan graveur Alphonse Leroy)…

Mary Cassatt, comme beaucoup d’autres artistes, était fascinée par le japonisme, très en vogue à l’époque. Siegfried Bing, négociant et connaisseur en art, a organisé des expositions d’art japonais dont une chez Durand-Ruel. Cette époque correspondait à l’ère Meiji (1868–1912). Avec le nouvel empereur qui s’appelait Mutsuhito (dit Meiji), le Japon s’est ouvert au monde et toute sa culture a commencé à être bien connue en Europe. Des estampes japonaises sont arrivées en masse et aussi des céramiques, de la porcelaine, des objets, des paravents. Cassatt utilise l’aquatinte pour les aplats de couleur qui nécessitait parfois quinze passages. Dans l’une des estampes exposées dans l’exposition du musée d’Orsay, on apprend qu’il s’agit du dix-septième état ! Elle était très respectueuse de l’artisan graveur et lors d’une exposition à la galerie, elle a demandé à Durand-Ruel d’inscrire le nom d’Alphonse Leroy sur les tirages. Elle va d’ailleurs l’aider à créer son propre atelier et devenir indépendant.

Dans les années 1920, il y aura un conflit avec son amie, la grande collectionneuse américaine, Mrs Havemeyer, concernant des tirages suspectés d’être tardifs, à partir de plaques déjà imprimées et usées...

C’était en 1925 ; elle est morte l’année suivante, en 1926. Elle commençait déjà à perdre un peu la tête. Dans une lettre, elle écrit à propos de ce drame : « ils m’ont rendue malade et je ne m’en suis pas encore remise ». Elle a rédigé des lettres terrifiantes à Mme Havemeyer (dont le mari était le « roi du sucre ») qui en a été profondément bouleversée. Cassatt n’arrivait plus à maîtriser ses émotions et ses mots.
Elle a défendu l’authenticité de son travail et a fait appel au spécialiste Henri Loïs Delteil. Ce dernier a éclairé l’affaire, et la situation s’est apaisée. Il a fait une enquête très sérieuse et a établi que les plaques n’avaient jamais été tirées mais qu’elles avaient été mal conservées. Elles étaient donc abimées. Pour Mary Cassatt, d’un point de vue personnel et artistique, c’était très important. Elle s’en est trouvé réconfortée. Les deux femmes se sont réconciliées. C’est touchant parce qu’elle dit « la vie est une bataille, je me suis battue toute ma vie pour les autres, et maintenant je la finirai en me battant pour moi-même ». Ce devait être agressif pour un artiste que quelqu’un d’autre mette en doute sa propre création. 

Il est très intéressant de lire, comme en coulisse, les échanges de Georges et Joseph Durand-Ruel qui commentent les lettres de Mary Cassatt ou ses attitudes...

Les échanges des deux frères Durand-Ruel apportent un éclairage et montrent aussi combien ils étaient proches de Mary Cassatt. Ils avaient le plus grand respect pour elle, mais ils disaient aussi ce qu’ils pensaient. On a choisi d’insérer la correspondance entre Joseph et Georges, car il y a parfois moins de lettres entre le marchand et l’artiste qui est à Paris. Ces échanges donnent aussi beaucoup de vie à l‘ensemble.

Un grand nombre de lettres témoignent du rôle important qu’a joué Mary Cassatt dans l'introduction de Durand-Ruel auprès des collectionneurs américains fortunés dans le but de faire rentrer l’art européen dans les musées américains... 

Quand Paul Durand-Ruel est au bord de la faillite, Mary Cassatt joue un rôle déterminant car elle le soutient en lui présentant, par le biais de son frère, toutes les nouvelles fortunes issues de la société américaine… En 1886, à New-York, l’exposition qui présente des œuvres de Monet, Renoir, Pissarro, Cassatt aura un franc succès. Mary Cassatt a appris à peindre en Pennsylvanie, ensuite elle s’est formée en Europe, elle a visité tous les musées d’Italie, d’Espagne, de Belgique, de Hollande. Elle sait que pour qu’il y ait des peintres américains, il faut qu’il y ait des tableaux dans les musées. Elle veut convaincre les collectionneurs américains d’acheter des peintures, de Rembrandt, El Greco,Velasquez ou Goya, pour en faire don ultérieurement aux musées afin d’éduquer le public. Et aussi, dans le meilleur des cas, pour qu’il y ait une belle génération d’artistes américains. C’est d’ailleurs en vendant des tableaux anciens aux musées américains que Durand-Ruel s’en est sorti. La reconnaissance des impressionnistes est venue après. Il était parfois long et difficile de convaincre les musées d’acquérir certaines œuvres, comme par exemple L’Assomption du El Greco, qui mesure plus de 4 mètres de haut. En 1904, Mary Cassatt persuade Durand-Ruel d’acheter le tableau grâce au financement apporté par les Havemeyer et ce n’est que deux ans plus tard qu’il est revendu à l’Art Institute of Chicago. Elle a vraiment joué un rôle décisif dans le marché de l’art, en tant que passeuse entre la France et les États-Unis. Lorsqu’elle obtient la Légion d’honneur en 1904, Durand-Ruel lui écrit : « Depuis que vous avez reçu la Légion d’honneur, les Américains trouvent que vous avez beaucoup de talent ! »

Les lettres évoquent aussi le quotidien, les mariages, naissances et décès dans les familles respectives... 

Entre la famille Durand-Ruel et Mary Cassatt, les relations étaient amicales, et pas seulement commerciales. Quand Joseph Durand Ruel lui rendait visite au Mesnil-Théribus dans l’Oise, il venait souvent avec sa femme et certains de ses enfants. Il est beaucoup question dans la correspondance de Madame Aude, la fille de Paul Durand-Ruel. Comme il était veuf, il se faisait accompagner par sa fille aînée. Il y a de nombreuses photographies familiales prises par Joseph Durand-Ruel chez Mary Cassatt. 
En ce qui concerne les photographies des tableaux, c’est une autre histoire. Nous en possédons près de 24 000 dans les Archives. Les clichés étaient réalisés par un professionnel. Lorsque les registres évoquent à plusieurs reprises « Corot, paysage », il devient difficile d’identifier le tableau exact. C’est pourquoi, dès que cela a été possible, les œuvres ont été systématiquement photographiées. Pour éviter toute confusion, chaque cliché porte un numéro de photo accompagné de son numéro de stock et/ou de dépôt.

À la fin de sa vie, Cassatt a proposé plusieurs fois aux Durand-Ruel de racheter sa propriété de Beaufresne ainsi que la totalité des œuvres qui lui appartenaient encore. Ils ont refusé ces offres au regard de l’état de santé de l’artiste… Des échanges de lettres à ce sujet témoignent de leur honnêteté et clairvoyance. 
Que dire pour conclure ?

Ils ont refusé car ce n’était pas possible et en effet, ils n’ont pas voulu abuser de la situation. 
Pour conclure, ce livre peut intéresser des lecteurs de différents horizons et pas seulement des amateurs d’art. On apprend beaucoup de choses sur le marché, la circulation des œuvres et le fait qu’une ou deux personnes seulement peuvent être cruciales. Mary Cassatt a dit que l’un des plus grands plaisirs de sa vie était de trouver des tableaux, d’être l’intermédiaire pour qu’ils soient achetés et que ces tableaux traversent l’Atlantique. Il est important de dire qu’elle ne touchait pas de commission. C’est d’autant plus à son honneur.