Florilettres

Édito septembre 2021. Par Nathalie Jungerman

Julie Ruocco, lauréate du prix « Envoyé par la Poste » pour « Furies » (Actes Sud)

Julie Ruocco, lauréate du prix « Envoyé par la Poste » pour « Furies » (Actes Sud)
Édito

La remise du prix « Envoyé par la Poste » a eu lieu au Centre National du Livre le 2 septembre dernier, en présence des auteurs en lice qui ont lu, chacun, un extrait de leur ouvrage. Le jury, présidé par Olivier Poivre d’Arvor, a récompensé Julie Ruocco, pour son premier roman intitulé Furies, publié aux Éditions Actes Sud. L’écrivaine, qui travaille au Parlement européen, s’est scrupuleusement documentée sur les « Printemps arabes » et en particulier sur la Syrie pendant plusieurs années, avant de se lancer dans la rédaction de cette fiction qui s’empare du politique et « se propose de démêler le fil des événements pour jeter sur notre histoire contemporaine un regard humain et humaniste ». Furies raconte l’histoire d’une jeune archéologue française en mission à la frontière turque pour rapporter les débris de Palmyre et de Mossoul et d’un pompier syrien devenu fossoyeur dont la sœur, une étudiante militante assassinée, incarne l’idée de transmission et de justice. Le roman évoque la guerre en Syrie déclenchée par la répression meurtrière des manifestations pacifiques, le cynisme d’un régime, l’avènement de l’État islamique, les exactions, l’exil, les camps de réfugiés, la résistance Kurde et les femmes qui combattent pour la liberté… Une phrase, placée en tête de l’ouvrage, rend hommage à l’avocate syrienne, héroïne de la révolution, portée disparue depuis fin 2013 : « À Razan Zaitouneh et à celles et ceux qui se sont battus à ses côtés ». Dans son roman, Julie Ruocco interroge la question de la justice à la lumière de la trilogie d’Eschyle, L’Orestie, et fait évoluer les Furies antiques en « vigiles de la justice », avec pour seule vengeance, la mémoire, la parole à transmettre.
Rencontre avec Julie Ruocco pour son remarquable premier roman.