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édition octobre 2017

RÉCITS AUTOBIOGRAPHIQUES

Hélène Gestern, Un vertige, suivi de La séparation. « Avril, hôtel des Thermes. Je suis partie en vacances avec une amie, pour sortir d’un temps devenu intolérable. Une après-midi, nous allons nager à l’hôtel des Thermes, dans la piscine d’eau salée. Je parcours le bassin, et tout à coup, la douleur ne fait plus qu’un entre chair et pensée. » C’est cette souffrance là, violente, et surtout, continue, absurde, anéantissante, que fait l’amour quand il déserte, que laisse l’autre quand il est parti, n’aime plus, ne veut plus, en somme… La narratrice est à Saint-Malo, à la piscine, et elle nage, loin de la rumeur du monde – comment oublier ? c’est impossible -, une longueur après l’autre, immersion volontaire, radicale, désespérée, corps accidenté, corps traumatisé. La narratrice a connu un homme, l’a aimé follement, trois années ont passé, puis, il l’a quittée, lui annonçant froidement, par mail que c’était fini. Il était marié, avait un enfant, assumait mal cette double vie… Pourtant, c’est lui qui fera tout pour la retrouver des années plus tard, alors que la terrible souffrance a pu s’atténuer, cicatriser, que l’attente n’est plus que lointain souvenir apaisé, que la vie a repris corps… Elle renouera l’histoire d’amour, il rompra à nouveau. « Qu’est-ce qu’une séparation ? Qu’est-ce qu’il se passe, quand l’autre part ? Comment affronter la sidération, l’incompréhension de la désertion de celui qu’on croyait tant connaitre, comment redevenir l’acteur de sa propre vie, comment museler le chaos en soi, comment l’exorciser, l’apprivoiser… Suis-je morte, s’est-elle demandé quand la douleur était telle qu’elle n’imaginait pas en revenir… Comment ne pas mourir d’une rupture d’amour, de cette déflagration qui emporte tout avec elle, de cette mort de l’autre et de soi, en soi, si intime, si indicible ? Par l’écriture, nous dit-elle… Éd. Arléa, 1er/mille, 95 p., 16 €. Corinne Amar.

Frédéric Boyer, Là où le cœur attend. Chez les Mystiques, le mot déréliction renvoie à cette épreuve de la vie dans laquelle le fidèle a le sentiment qu’il a perdu la grâce, qu’il est rejeté, pour l’éternité. Plus de rêves, plus d’attentes, plus d’ivresse, plus de désirs, plus de curiosité, plus de conquêtes, plus de vie… Voilà ce mal brutal, incompréhensible, mortifère, dont l’auteur est frappé, une nuit, et la surprise en est si douloureuse qu’il a bien pensé qu’il ne s’en relèverait pas… Quoi faire, comment faire ? Comment en sortir ? On ne sort du désespoir que d’une seule façon : en retrouvant le courage d’interpréter la vie, en creusant la voie de l’espérance. Comment espérer ? Qu’est-ce que l’espérance ? Où se situe l’espoir dans la détresse ? Autant de questions auxquelles il tente de répondre, dans ce récit magistral, habité de l’idée biblique de l’espérance. Et puis, il y a la lecture, l’écriture, la traduction, parce que lui-même, essayiste, écrivain et traducteur de grands textes anciens… « Vivre, c’est traduire », lit-on, puisque traduire le texte de l’autre, est d’une certaine façon, sortir de sa propre solitude, faire cet effort que d’inventer dans sa propre langue, « le drame d’une autre » : en rencontrant l’autre, on se rencontre soi-même, on existe à nouveau… Ne pas avoir peur de parler à ses démons, dira l’auteur, tout en retraçant l’histoire de Job (Job ou la puissance de l’espérance envers et contre tous), en évoquant les grands textes prophétiques… Croire en l’espérance, cette force intime, qui surgit des situations les plus terribles, en sa dignité, car il s’agit de se sentir digne à nouveau du sentiment même d’exister, retourner là où le cœur attend, au lieu-même des désirs et des espoirs – titre en écho magnifique au livre de Job, dans le livre des Lamentations : « Je retourne là où le cœur attend », puisqu’il n’est jamais de commencement, que tout n’est question que de recommencement… Éd. POL, 190 p., 15 €. Corinne Amar

Marion Vernoux, Mobile Home. Marion Vernoux, Mobile Home. Les objets ont une mémoire et ne demandent qu’à laisser surgir les fragments d’événements intimes dont ils ont été les témoins. À l’approche de la cinquantaine, Marion Vernoux réalisatrice de Rien à faire, À boire, Les Beaux Jours, impatiente de se tenir à nouveau derrière la caméra après l’échec de son dernier film, est habitée par un sentiment d’inutilité et de gâchis. L’idée lui vient alors de dresser un bilan du chemin parcouru au fil des meubles qui ont jalonné son existence. Un inventaire sans concessions teinté d‘autodérision des amours, des frustrations professionnelles, des excès, des névroses et des bonheurs familiaux. La table de la cuisine de l’appartement de la rue Saint-Martin qu’elle partageait enfant avec sa mère, le bureau de la Galerie Vivienne sur lequel sa mère emportée par un cancer en 2003 dessinait les vêtements qu’elle créait, le lit en fer forgé et le canapé vert de la maison de la rue Philippe-Hecht  qui abritait ses amours avec Jacques Audiard, le père de ses trois enfants ; toutes ces traces du passé qu’elle interroge dans son récit ont désormais trouvé place dans sa maison de campagne bourguignonne. S’inspirant du patchwork aux cent soixante-dix carrés de coton confectionné pour elle par sa mère, elle tente de « rassembler, raccommoder, rapiécer, mettre en pièces pour mieux les reconstituer des morceaux (parfois en lambeaux) de (s)a vie. » Elle convoque ainsi ses angoisses de petite-fille quand ses parents la laissaient seule le soir, son désir précoce de faire du cinéma, ses tournages, ses déceptions, ses plaisirs de mère. Son besoin d’en découdre, de remplir tous les vides, d’être reconnue comme cinéaste, ses addictions et la réussite artistique de son époux ont eu raison de son couple. « Ce qui est probable, c’est que sous chaque ligne, chaque couture se cache une cicatrice, et que ces lignes sont autant de points de suture. » Elle parle de sa grand-mère maternelle rescapée des camps de la mort et qui finira par se suicider en 1969, de ce destin tragique qui la hante comme il a hanté sa mère avant elle. « Bala, tu étais à Bergen-Belsen. Ce que tes yeux ont vu… Ce que ma mère a dû y lire… Ce que je devinais dans les siens… Cet effroi ne me quitte pas. La Vie est belle et je la vis à ma manière, pour vous sauver de l’oubli, de l’indifférence, de la barbarie. Je fais du cinéma. Des enfants. Des dîners. L’amour. » Éd. de l’Olivier, 256 p., 17,50 €. Élisabeth Miso

Piedad Bonnett, Ce qui n’a pas de nom. Traduction de l’espagnol (Colombie) Amandine Py. « Comme dans une rupture amoureuse, après le suicide d’une personne aimée, notre esprit revient inlassablement sur ce qui s’est passé, comme un funambule sur un abîme d’angoisse et de chaos. Car même dans le cas où la personne laisse une lettre pour expliquer son geste, il reste un mystère dans le cœur du suicidé, un trou noir d’incertitude qui attire nos questions comme une ronde de papillons affolés. » Le 14 mai 2011, Daniel le fils de Piedad Bonnett, s’est jeté du toit de son immeuble à New York. Il avait vingt-huit ans, était étudiant en master à l’Université de Columbia, et rêvait de consacrer son existence à l’art. Diagnostiqué schizophrène à vingt ans, il n’en pouvait plus de ses démons. Avec pudeur et sans apitoiement, la poète et dramaturge colombienne, révèle le combat terrifiant de Daniel, l’impuissance de la famille et des psychiatres, l’inquiétude permanente, le besoin de le protéger tout en l’aidant à mener une vie normale et à espérer en un avenir possible. Face à la douleur, elle se saisit du pouvoir des mots, ceux qui explorent l’expérience du deuil, de la maladie mentale, nourrissant sa réflexion des textes de Julian Barnes, Nabokov, Sylvia Plath, Javier Marías, ou Joan Didion. Elle veut pénétrer la mort. Elle décrit la totale sidération, les démarches de rigueur accomplies comme une automate, le malaise des autres face à la folie et au suicide, l’insoutenable disparition physique de l’être aimé, de cette joue qu’elle ne pourra plus caresser et redoute que la mémoire n’altère l’image de Daniel. Elle se raccroche aux photographies, cherche un journal intime, un dernier message, et traque dans ses notes, dans ses peintures et ses dessins tourmentés des signes de compréhension. Elle veut être au plus près de lui, connaître ses dernières pensées, toucher l’âme de ce fils dont elle était si proche et qui lui devenait chaque jour plus étranger. « Par ce livre, j’ai tenté de donner un sens à ta vie, à ta mort et à mon chagrin […] je t’ai fait renaître avec des mots, parce que eux seuls sont assez souples pour ne jamais parler de la même voix, ne pas figer comme la pierre, ne jamais être tombeau. Ils sont tout le sang que je peux te donner et me donner. » Éd. Métailié, 144 p., 17 €. Élisabeth Miso

ROMANS

Éric Romand, Mon père, ma mère et Sheila. Dans ce premier roman, Éric Romand se retourne sur son enfance et son adolescence au sein d’une famille populaire de Villeurbanne dans les années 70 et 80. Tels des instantanés échappés d’un album de photographies, ses joies et ses peines refont surface. Le petit garçon qui coiffe les poupées de sa sœur, a pour idole Sheila, rêve d’une robe de princesse et d’un couvre-lit en fourrure comme celui de Mike Brant, comprend très vite dans le regard désapprobateur des adultes qu’il est différent. « Mes grands-parents m’emmenaient partout avec eux : j’étais poli, me tenais bien à table, ne faisais pas de bruit ne réclamais rien. Il m’était plus facile d’être sage que viril. ». L’auteur raconte ses premiers émois pour ses camarades de classe, la difficulté de se deviner homosexuel, ses efforts pour ressembler aux autres, pour décrypter ce qui l’entoure et coller à ce qu’on attend de lui. Par petites touches, ne dévoilant que le strict nécessaire, il dessine le couple désuni de ses parents, l’alcoolisme et la violence de son père, l’épicerie refuge de ses grands-parents maternels, le manque de dialogue avec son père. « Lorsque je suis témoin d’un élan de tendresse entre un père et son fils, je ne peux m’empêcher d’être surpris. Je marque un arrêt, ému de voir que cela se passe si naturellement. » Les émissions de variétés de Guy Lux ou de Danièle Gilbert, les vacances au camping, le mini vélo puis la mobylette, les plantes vertes et leur cache-pot en papier plissé, les sous-pulls en nylon, les cendriers Ricard en plastique jaune, les quarante-cinq tours dans le mange-disques. La plume épurée et précise d’Éric Romand scrute les habitudes et les mentalités d’un certain milieu et redonne vie aux objets emblématiques de toute une époque. Éd. Stock, 112 p., 14,50 €. Élisabeth Miso

 

REVUES

Les Moments Littéraires n° 38. Jean-Noël Pancrazi, un rescapé en cavale.
C’est avec Madame Arnoul, paru dans la collection « Haute enfance » de Gallimard (Prix du livre Inter et Prix Albert Camus), que Jean-Noël Pancrazi a commencé, en 1995, sa trilogie de la mémoire familiale ; suivront un livre consacré à sa mère (Renée Camps) et un à son père (Long séjour). (…)
Le dossier Jean-Noël Pancrazi
Le lapin du Cheshire de Teresa Cremisi
– Entretien avec Jean-Noël Pancrazi
À travers le pays de Jean-Noël Pancrazi
Jean-Noël Pancrazi, un écrivain hors du temps, pas hors de l’espace… de Jean-Jacques Colonna d’Istria
Également au sommaire du n°38
Claude Pugade-Renaud & Daniel Zimmermann : Journal à quatre mains
Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann ont toujours pratiqué l’écriture à quatre mains (voir à ce sujet le dossier qui leurs était consacré dans le n°16 de la revue). Un de leurs exercices fut l’écriture d’un journal de bord de leur vie de couple. Quelques extraits de « journal à quatre mains », tenu durant un quart de siècle.
Jocelyne François : Journal
Après Journal 1961-1989, Journal 1990-2000, Une vie d’écrivain et Le Solstice d’hiver : journal 2001-2007 trois volumes parus au Mercure de France, Jocelyne François, prix Femina pour Joue-nous « España », offre aux lecteurs des Moments Littéraires la suite inédite de son journal.
Vincent d’Indy : lettre
La chronique littéraire d’Anne Coudreuse
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