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Dernières parutions novembre 2017

édition novembre 2017

BIOGRAPHIES

Élizabeth Gouslan, Les nuits blanches de Marcello. « Sa principale qualité, c’est une manière très personnelle de s’exprimer, une sorte de spontanéité qui est le fruit d’une technique très précise. Il paraît ne pas savoir ce qu’il fait, ne pas avoir de mémoire, il semble vouloir oublier le déroulement de la scène, il veut gommer tout ce qu’il a appris. D’ailleurs il ne sait qu’imparfaitement son texte, exprès… », sur le tournage du Pigeon (1958) Mario Monicelli a tout le loisir d’observer la méthode de travail de Marcello Mastroianni. Le comédien qui enchaîne les rôles depuis le début des années cinquante va bientôt devenir une star internationale avec La Dolce Vita (1960). Ce fils de menuisier qui a grandi dans le quartier populaire romain de la piazza Asti, ne se prend pas au sérieux et ne se départira jamais de son naturel, de sa modestie et de son sens de l’autodérision. Il a préféré le jeu à ses études d’architecture et fait ses débuts dans la troupe de l’exigeant et colérique Luchino Visconti, au contact duquel il développe sous une apparente docilité une grande capacité d’adaptation. Entre Rome et Paris, Élizabeth Gouslan part sur les traces de celui qui a marqué par sa beauté, son élégance, son indolence et son charme de latin lover l’âge d’or du cinéma italien. La Nuit (1961), Huit et demi (1963), Mariage à l’italienne (1964), La Grande bouffe (1973), Une journée particulière (1977), L’Apiculteur (1986), Les Yeux noirs (1987), sa filmographie est impressionnante. Il a collaboré avec les réalisateurs les plus prestigieux : Risi, Visconti, Comencini, Monicelli, Fellini, Antonioni, Malle, De Sica, Scola, Ferreri, Polanski, Angelopoulos, Mikhalkov ; tenu dans ses bras les plus belles actrices : Claudia Cardinale, Sophia Loren, Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Anouk Aimée poursuivant hors-champ l’attraction amoureuse avec Faye Dunaway et Catherine Deneuve. Mère, épouse, amantes ou filles, les femmes ont occupé une place centrale. Être l’ami de Federico Fellini a été l’une des aventures les plus stimulantes et créatives de son existence, au point de renoncer à une carrière américaine. Aucun projet artistique, aussi séduisant soit-il, ne pouvait supplanter à ses yeux le bonheur de se rendre aux studios de Cinecittà pour se fondre dans l’univers fantasque du Maestro. Éd. Grasset, 224 p., 19 €. Élisabeth Miso

ROMANS

Valentine Goby, Je me promets d’éclatantes revanches. Dans Kinderzimmer, paru en 2014 (Actes Sud), l’auteur s’emparait d’un pan de l’histoire poignant, méconnu, celui de la Kinderzimmer, la pouponnière du camp de concentration de Ravensbrück, créée entre septembre 1944 et mars 1945, pour accueillir les nouveaux-nés, alors que, jusque-là, les femmes enceintes arrivant au camp savaient leur bébé condamné dès la naissance. Dans ce récit vibrant, qui de manière directe, indirecte, lui est lié, elle choisit de rendre hommage à la figure de Charlotte Delbo (1913-1985), déportée à Auschwitz, puis à Ravensbrück, résistante, survivante et poète, et dont une grande partie de l’œuvre littéraire témoigne de ce qu’elle a vécu à Auschwitz. Assistante de Louis Jouvet avant guerre, elle s’engageait dans la Résistance avec son mari, Georges Dubach, arrêté avec elle, qui fut torturé et fusillé, en 1942. Au cœur même de la tourmente, de l’horreur, de l’indicible, dans le camp, elle n’en continuera pas moins de chérir son souvenir, de l’aimer au-delà de sa mort. La romancière part sur les traces de Charlotte Delbo, évoque ce convoi du 24 janvier 1943 qui l’emmena vers les camps de la mort, plonge dans son quotidien, dans son œuvre, interroge la puissance de la littérature, et la force de l’amour amoureux, malgré la barbarie. « J’ai lu les livres de Charlotte Delbo – si peu de livres hélas. D’abord ils ont été pour moi les mots d’une femme sans visage, sans corps, sans âge, une silhouette détourée sur le blanc d’Auschwitz, et peu m’importait qu’elle n’ait pas d’histoire : elle était souffle » (p.11). Elle lit et relit ses textes, des biographies, consulte les archives, écoute sa voix, cherche à percer le mystère de sa vie, entend cette joie de vivre magnifique, cette voix revenue de si loin, enregistrée en 1974, dans un entretien télévisé pour Radioscopie, avec Jacques Chancel ; elle la fait vivre à nouveau. Éd. L’Iconoclaste, 180 p., 17 €. Corinne Amar

 

Joann Sfar, Vous connaissez peut-être. Il est l’auteur de la fameuse série de bande dessinée, « Le chat du rabbin », il est réalisateur et écrivain, il publie un roman autobiographique et romantique (selon lui), l’histoire d’une idylle sur Facebook qui s’est mal terminée. « Le programme suggère des amis. Il vous dit :  » Vous connaissez peut-être  » et vous balance des profils. Je n’ai jamais été très fan de cette fonction, je ne clique jamais dessus.
Sauf pour Lili.  » Vous connaissez peut-être Lili M.A. » Elle s’appelle presque comme ma mère. Il y a une photo de Tel Aviv sur son fond d’écran et une image en noir et blanc.
S’il n’y avait pas eu marqué Tel Aviv sur son profil Facebook, je ne l’aurais pas demandée en amie. » Voilà donc tous les ingrédients ; un narrateur fragilisé par une rupture sentimentale, une solitude insupportable, un très beau visage en noir et blanc qui lui apparaît et lui rappelle celui de sa mère, une nationalité Israélienne, et puis, une attirance, des résonances avec sa propre histoire lointaine… En même temps qu’il entreprend une correspondance de plus en plus présente, intime, avec l’inconnue virtuelle, il décide sur les conseils de sa fille d’adopter un bull-terrier, dont l’éducation s’avère difficile. « Tout est vrai, sinon ce n’est pas drôle », précisera l’auteur qui nous raconte avec humour, comment il aura été victime d’une manipulatrice, usurpatrice d’identité, comment elle l’aura amené subrepticement à se mettre « en couple » avec elle, virtuellement, comment il apprendra, par la suite, qu’elle opérait de la même façon auprès d’autres personnalités du monde des médias, enfin, comment elle le harcèlera tant et si bien qu’il finira, pour s’en déprendre, par aller porter plainte au commissariat…. « C’est virtuel », nous dira t-il, et pourtant ce sont des mots réels, des heures pour de vrai… Confession d’un enfant bien de son siècle. Éd. Albin Michel, 264 p., 18,50 €. Corinne Amar

Chantal Thomas, Souvenirs de la marée basse. Avec Souvenirs de la marée basse la romancière et historienne spécialiste du XVIIIe siècle, reprend le fil d’une « autobiographie indirecte » initiée avec Comment supporter sa liberté. C’est une histoire de corps en mouvement, de sensations d’enfance, de transmission maternelle, de distance entre une mère et sa fille que déroule Chantal Thomas. Le goût de la natation elle le tient de Jackie, sa mère, pour qui une journée sans nager était une journée sans saveur. Enfant, elle la regardait fendre l’eau de son crawl parfait et glisser vers le large. « Elle nageait partout, à des heures changeantes, avec une obstination, une opiniâtreté qu’elle ne manifestait pour aucune activité. » Sans doute avait-elle trouvé dans ce rituel aquatique le moyen d’échapper à l’ennui de son quotidien de mère et de femme au foyer. Elle avait souhaité rejoindre ses parents qui s’étaient installés à la retraite à Arcachon, après y avoir passé de nombreux étés. Armand, son mari, ancien résistant, se désolait en silence d’avoir abandonné Lyon pour cette station balnéaire. La petite Chantal grandit donc après-guerre dans le bassin d’Arcachon et l’horizon infini qui s’offre à elle à marée basse est une source inépuisable de découvertes et d’expériences sensorielles. Volupté de l’eau, du sable, des algues, du sel sur la peau ; joie des enfants qui s’ébattent sur la plage ivres de liberté ; intensité des amitiés éphémères qui se tissent le temps d’un été avec les vacanciers. L’écrivaine n’a rien oublié de son enfance maritime. « […] je ne pense pas en termes de région, mais de rivage – sable, mer et ciel dans une interaction perpétuelle, une interpénétration infinie. C’est une fluidité qui est de ma part objet d’amour. À dire vrai, j’en fais moi-même partie. » Dans ce décor idyllique, sa mère de plus en plus mélancolique reste un mystère pour elle. À la mort prématurée de son mari, Jackie quitte la Côte d’Argent pour la Côte d’Azur et élit domicile à Menton puis à Nice où elle renoue littéralement à la vie, métamorphosée. Avec la grâce et la subtilité qui la caractérisent, Chantal Thomas sonde sa mémoire corporelle, son apprentissage de la liberté et dévoile dans les non-dits, les échanges superficiels, « la mise à nu d’une insurmontable incompatibilité d’humeur », toute l’étendue de son amour pour sa mère, cette « étrangère très particulière ». Éd. Seuil, Fiction et Cie, 224 p., 18 €. Élisabeth Miso

JOURNAUX

Mary Shelley, Que les étoiles contemplent mes larmes (journal d’affliction). Présentation et traduction de l’anglais Constance Lacroix*. « Ainsi pourrait-on dire de moi que je ne suis plus rien mais que je vécus un jour, et que je chéris jalousement la mémoire de ce que je fus. », écrit Mary Shelley (1797-1851) à Gênes le 17 novembre 1822. Le 2 octobre, l’auteur de Frankenstein, a commencé le quatrième cahier du journal qu’elle tient depuis huit ans par le récit de la terrible épreuve qui la foudroie. Son unique et grand amour, le poète Percy Bysshe Shelley a péri en mer le 8 juillet avec son ami Edward Williams lors d’une tempête dans le golfe de La Spezia. En sept ans, elle a perdu trois de ses quatre enfants, sa nièce Allegra, sa demi-sœur Fanny et se retrouve donc veuve à vingt-cinq ans. « Ils étaient vivants encore, ils respiraient encore l’atmosphère de ce monde, leurs voix faisaient encore vibrer mes sens. Ils foulaient encore cette terre à mes côtés et leurs mains, quand je les étreignais, avaient la chaleur de la vie et du sang. Où sont-ils désormais, tous ? » Dévastée, elle s’accroche à la vie pour son fils Percy Florence âgé de trois ans. Habitée par ses souvenirs, elle se débat avec les difficultés financières et tente d’anesthésier la douleur par l’écriture et l’étude, fidèle à la richesse intellectuelle partagée avec un homme de lettres d’exception. Elle dialogue en permanence avec le défunt, l’appelle de toute son âme dans les pires moments de manque: « Prends pitié de moi, mon divin amour, visite-moi en songe, apparais-moi de nouveau tel que je te connus, dans tout l’éclat de ta douceur, de ta générosité, de ta bienveillance angélique et de ta profonde tendresse. » Contrainte de rentrer en Angleterre en 1823, elle nourrit une nostalgie tenace pour l’Italie et ce d’autant plus qu’elle doit affronter l’hostilité de son beau-père et de la bonne société qui jugent scandaleux le couple qu’elle formait avec le poète. N’écoutant que sa passion elle avait en effet fui avec lui en France alors qu’il était marié et père. Sous la pression des créanciers, le couple s’était finalement établi en Italie. Dans sa solitude, elle peut compter sur le soutien de Lord Byron, d’Edward John Trelawny ou de Thomas Moore, mais est profondément affectée par la mesquinerie de ses amies Jane Williams et Isabel Robinson. Sur deux décennies, le journal d’affliction de Mary Shelley illustre son destin d’héroïne romantique et met en lumière sa volonté de diffuser l’œuvre de Percy Bysshe Shelley et la diversité de ses propres projets littéraires. (romans, nouvelles, biographies ou récits de voyages). Éd. Finitude, 264 p., 19,50 €. Élisabeth Miso

*Entretien avec Constance Lacroix (Docteur en langues et littératures anglaises et anglo-saxonnes) à propos des Lettres choisies de la famille Brontë qu’elle a traduites et annotées…

REVUES

Babel heureuse n°2, automne 2017.  Revue poétique hypermédiatique.  Revue poétique semestrielle dirigée par François Rannou et l’éditeur Gwen Catalá, Babel Heureuse se veut un carrefour des langues et des arts, du mouvant, écho de la parole dite. Elle ambitionne de devenir une référence de la création poétique contemporaine, donnant voix aux jeunes pousses autant qu’aux incontournables, et ouverte sur le monde, aux traductions et créations bilingues. La revue paraît en édition papier, numérique enrichie et expérience web innovante.
Être en avant sur la parole en avant, faire entendre/voir/lire l’élémentaire, ce qui a l’opacité du réel, dans les langues et les arts.
Dans ce numéro 2 qui vient de sortir (10 novembre) et qui a été présenté samedi 11 novembre au 27e Salon de la Revue (Halle des Blancs-Manteaux, au 48 rue Vieille-du-Temple, Paris IVe) un dossier sur l’œuvre de l’écrivain Yves Charnet comporte des lettres, un récit autobiographique, un journal…
Contributeurs, auteurs, traducteurs (dont auteurs traduits) & artistes :
Elen Riot  •  François Rannou  •  Michael Donhauser  •  Laurent Cassagnau  •  Gaëlle Fernandez Bravo  •  Nicanor Parra  •  Felipe Tupper  •  Claire Tencin  •  Sylvie Lobato  •  Miguel Espejo  •  Caroline de Saint-Pierre  •  Jean-Marc Undriener  •  Ludovic Degroote  •  Margarita Losada Vargas  •  Stéphane Chaumet  •  François Heusbourg  •  Aurélien Galateau  •  Ute Langanky  •  Yann Miralles  •  Laure Gauthier  •  Jean-Marc Chouvel  •  Roland Chopard  •  Nathalie Jungerman  •  Sophie Paul Mortimer  •  Gerald Karlikow  •  Jean-Luc Lagarce  •  Marie-Claude San Juan  •  Roland Chopard  •  Jean-Jacques Salgon • Lucie Nizard • Thomas Defornel  •  Rim Battal  •  Marta Kornblith  •  John Taylor  •  Françoise Daviet  •  Caroline François-Rubino  •  Pierre Chappuis  •  Yves Charnet  •  Sandrine Follère  • Jacques Séréna  •  Jean-Pierre Daliès  •  Valérie Rouzeau  •  Eugène Durif  •  Adèle Godefroy  •  Olivier Steiner  •  Laurent Herrou  •  Agathe Charnet  •  Augustin Charnet  •  Serge Lama  •  Pierre Michon  •  Claude Chambard  •  Michel Collot  •  Yannick Kujawa  •  Jean-Claude Pinson  •  Dominique Rabaté  •  Sébastien Rongier  •  Marc Pautrel  •  Séverine Danflous
Gwen Catalá éditeur, novembre 2017, 452 p., 32 €.
https://www.gwencatalaediteur.fr/babel-heureuse-numero-2