Lettres choisies
Françoise Dolto
Françoise Dolto, Une vie de correspondances 1938-1988 © éditions Gallimard
1960
Lettre de Alain Cuny
Saint-Malo, 3 septembre 60
Chère Françoise,
Tu dois savoir que ta carte m’a fait plaisir : j’ai de plus en plus besoin de mes amis et je veux de plus en plus me rendre le leur. Et cela, c’est le travail de tous les jours non seulement vis-à-vis d’eux mais en regard d’une vaste communauté ; chaque être rencontré participant de ceux, de celui, qui nous sont les plus chers. Le travail, l’oeuvre, rend le coeur hospitalier. Je ne suis pas assez fort - je n’ambitionne d’ailleurs pas de le devenir - pour travailler dans la solitude, dans un ermitage d’où mes forces seraient diffusées par un truchement spirituel, ou par une oeuvre construite en vase clos, c’est pourquoi il me faut vivre parmi les autres, c’est pourquoi ta carte a le pouvoir d’un beau regard - le tien - reconnu et nécessaire.
Je t’envoie ma bonne pensée pour toi, Boris et les enfants, plutôt je t’en envoie l’expression épistolaire, car elle vous est présente par moi et par vous aussi - ton mot m’en donne la preuve - sous une forme respective à chacun.
Alain