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Lettres choisies, Vincent van Gogh

 

Vincent van Gogh à Auvers - Alain Mothe, Editions du Valhermeil 2003.

Lettre de Vincent à Wil, W23 [13 juin], page 55

J’ai fait le portrait de M. Gachet avec une expression de mélancolie qui souvent à ceux qui regarderaient la toile pourrait paraître une grimace. Et pourtant c’est ça qu’il faudrait peindre parce qu’alors on peut se rendre compte combien en comparaison des portraits calmes anciens il y a l’expression dans nos têtes actuelles et de la passion et comme de l’attente et comme un cri. Triste mais doux mais clair et intelligent ainsi faudrait il en faire beaucoup de portraits cela ferait encore un certain effet sur la so à des moments sur les gens. Il y a des têtes modernes que l’on regardera encore longtemps qu’on regrettera peut être cent ans après. Si j’avais dix ans de moins avec ce que je sais maintenant comme j’aurais de l’ambition pour travailler à cela. Dans les conditions données je ne peux pas grand chose je ne fréquente ni ne saurais fréquenter assez la sorte de gens que je voudrais influencer


Lettre de Vincent à Théo et Jo, 649 [vers le 10 juillet], page 122

Là - revenu ici je me suis remis au travail. le pinceau pourtant me tombant presque des mains et - sachant bien ce que je voulais j’ai encore depuis peint trois grandes toiles. Ce sont d’immenses étendues de blés sous des ciels troublés et je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse de la solitude extrême. Vous verrez cela j’espère sous peu - car j’espère vous les apporter à Paris le plus tôt possible puisque je croirais presque que ces toiles vous diront ce que je ne sais dire en paroles ce que je vois de sain et de fortifiant dans la campagne. Maintenant la troisième toile est le jardin de Daubigny tableau que je méditais depuis que je suis ici -


Lettre de Vincent à Théo, 652 [vers le 23 juillet], page 144

La lettre porte la mention manuscrite de Théo : "lettre qu’il portait sur lui le 29 juillet jour du [mot illisible]".

Mon cher frère, Merci de ta bonne lettre et du billet de 50 francs qu’elle contenait. Je voudrais bien écrire sur bien des choses mais j’en sens l’inutilité. J’espère que tu auras retrouvé ces messieurs en de bonnes dispositions à ton égard. Que tu me rassures sur l’état de paix de ton ménage c’était pas la peine je crois avoir vu le bien autant que l’autre côté ( ?) Puisque cela va bien, ce qui est le principal, pourquoi insisterais-je sur des choses de moindre importance, ma foi, avant qu’il y ait chance de causer affaires à tête plus reposée, il y a probablement loin.(...). Les autre peintres quoi qu’ils en pensent instinctivement se tiennent à distance des discussions sur le commerce actuel. Eh bien vraiment nous ne pouvons parler faire parler que nos tableaux mais pourtant mon cher frère il y a ceci que toujours je t’ai dit et je te le redis encore une fois avec toute la gravité que puisse donner les efforts de pensée assidûment fixée pour chercher à faire aussi bien qu’on peut - je te le redis encore que je considèrerai toujours que tu es autre chose qu’un simple marchand de Corots que par mon intermédiaire tu as la part de production même de certaines toiles qui même dans la débâcle garde leur calme. (...)

Avec l’aimable autorisation de reproduction des Editions du Valhermeil


Vincent van Gogh, Lettres à son frère Théo, Grasset, 1937

juillet 1880

Mon cher Théo, C’est un peu à contre c ?ur que je t’écris, ne l’ayant pas fait depuis si longtemps (...). J’ai appris à Etten que tu avais envoyé 50 francs pour moi, eh bien je les ai acceptés. Certainement à contre c ?ur, certainement avec un sentiment assez mélancolique, mais je suis dans une espèce de cul de sac ou de gâchis, comment faire autrement ? (...) Il est vrai que j’ai tantôt gagné ma croûte de pain, tantôt tel ami me l’a donné par grâce, j’ai vécu comme j’ai pu, tant bien que mal, comme cela allait, il est vrai que j’ai perdu la confiance de plusieurs, il est vrai que mes affaires pécuniaires sont dans un triste état, il est vrai que l’avenir est pas mal sombre, il est vrai que j’aurais pu mieux faire, il est vrai que tout juste pour gagner mon pain j’ai perdu du temps, il est vrai que mes études sont elles-mêmes dans un état assez triste et désespérant, et qu’il me manque plus, infiniment plus que ce que je n’ai. Mais, cela s’appelle t-il baisser et cela s’appelle t-il ne rien faire ? Tu diras peut-être : mais pourquoi n’as-tu pas continué comme on aurait voulu que tu eusses continué, par le chemin de l’université ? Je ne répondrai rien là-dessus que ceci : cela coûte trop cher ; et puis cet avenir-là n’était pas mieux que celui d’à présent sur le chemin où je suis. Mais dans le chemin où je suis, je dois continuer -si je ne fais rien, si je n’étudie pas, si je ne cherche plus alors je suis perdu. Alors, malheur à moi. ( ?) Un oiseau en cage au printemps sait fortement bien qu’il y a quelque chose à quoi il serait bon, il sent fortement bien qu’il y a quelque chose à faire, mais il ne peut pas le faire, qu’est-ce que c’est ? Il ne se le rappelle pas bien : puis il a des idées vagues et se dit : les autres font leurs nids et font leurs petits et élèvent leur couvée, puis il se cogne le crâne contre les barreaux de la cage. Et puis la cage reste là et l’oiseau est fou de douleur. (...) Tout cela est-ce imaginaire, fantaisie ? Je ne le pense pas ; et puis on se demande : mon dieu, est-ce pour longtemps, est-ce pour toujours, est-ce pour l’éternité ?


Anvers, novembre 1885 (...) Hier j’ai peint quelques études où l’on voit la cathédrale. Et j’en ai également une petite du parc. Néanmoins, je préfère peindre les yeux des hommes que les cathédrales, car dans les yeux, il y a quelque chose qu’il n’y a pas dans les cathédrales, même si elles sont majestueuses et qu’elles en imposent, l’âme d’un homme, même si c’est un pauvre gueux ou une fille de rue, est plus intéressante à mes yeux.(...).
Paris, été 1887 Je me sens triste de ce que même en cas de succès, la peinture ne rapportera pas ce qu’elle coûte. J’ai été touché de ce que tu écris de la maison : On se porte assez bien, mais c’est triste de les voir. Il y a une douzaine d’années pourtant on aurait juré que quand même la maison prospérerait toujours et que cela marcherait. Cela ferait bien plaisir à la mère si ton mariage réussit et pour ta santé et tes affaires, il faudrait pourtant ne pas rester seul. Moi - je me sens passer l’envie de mariage et d’enfants - et à des moments je suis assez mélancolique d’être comme ça à trente-cinq ans lorsque je devrais me sentir tout autrement. Et j’en veux quelquefois à cette sale peinture. C’est Richepin qui a dit quelque part : L’amour de l’art fait perdre l’amour vrai Je trouve cela terriblement juste, mais à l’encontre de cela, l’amour vrai dégoûte de l’art. Et il m’arrive de me sentir déjà vieux et brisé et pourtant encore amoureux assez pour ne pas être enthousiaste pour la peinture. Pour réussir, il faut de l’ambition, et l’ambition me semble absurde. Il en résultera je ne sais quoi, je voudrais surtout t’être moins à charge - et cela n’est pas impossible dorénavant - car j’espère faire du progrès de façon à ce que tu puisses hardiment montrer ce que je fais sans te compromettre. (...)

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