Histoire de la police et de La Poste
Par François Aron
L’affaire du courrier de Lyon
Malle poste sous la Convention,
Paris, musée de la Poste
© Dans les secrets de la police
Éditions de L’Iconoclaste, page 61.
Pour lointaines que soient leurs origines et pour différentes que soient leurs missions, La Poste française et la Police nationale ont été modelées par une même histoire de quatre siècles : elles prennent forme sous une monarchie absolue et centralisée ; au XIXème siècle, l’une et l’autre sont organisées pour être des institutions efficaces de l’Etat ; au XXème siècle, elles cultivent la modernité, tandis que s’affirment la fonction économique de l’une, le caractère régalien de l’autre - mais aussi de part et d’autre, du moins au cours de ces dernières décennies, une attention croissante aux attentes diversifiées de la population, voire à ses difficultés.
L’histoire de la Police et de La Poste est aussi celle de leur côtoiement : la police intervient pour protéger La Poste, ses personnels, ses clients et les services qu’elle rend au public contre les agressions, les vols, les catastrophes même- de l’attaque des courriers de naguère aux récentes alertes à la « poudre blanche » ; il est vrai que les forces de l’ordre sont aussi requises lors des mouvements sociaux - et que cette histoire mérite aussi qu’on l’écrive. Réciproquement, La Poste a fourni à la Police un moyen de communication essentiel, aujourd’hui concurrencé par des nouvelles technologies de l’information,- expéditions, convocations, télégrammes permettant naguère de prévenir d’un évènement et d’en suivre le déroulement, échanges entre services sur l’ensemble du territoire et dans le monde entier ; bien plus, plaintes ou requêtes, lettres de dénonciation, aveux signés ou anonymes ont, comme le confirme ce livre, alimenté les dossiers et les archives de la Police - sans que celle-ci ait pu se satisfaire des seuls courriers qui lui étaient adressés.
La lettre est certes le plus souvent un échange intime et exclusif entre un expéditeur et un destinataire. Toutefois, les monarques de droit divin qui avaient ouvert leurs postes à l’usage des particuliers s’estimaient en droit de vérifier les écrits de leurs sujets ; les intendants des postes organisèrent donc un cabinet noir. La Constituante l’abolit, mais l’inviolabilité du secret de la correspondance qu’elle proclama et respecta, ne résista pas aux dangers que courait la jeune république. Le contrôle des correspondances subsista, à quelques interruptions près, jusqu’à la fin du IIème Empire, sous prétexte de lutter contre les menées de l’étranger - et avec la volonté de surveiller les opposants politiques. La collaboration que La Poste apporta à ces intrusions, alors même que ses agents s’y montraient de plus en plus hostiles, fut discrète - voire volontiers niée par les dirigeants de l’époque - et de moins en moins importante, tandis que la Police acquérait les compétences lui permettant de visiter les lettres qui l’intéressaient dans un flux de courrier croissant, comme de se procurer les renseignements souhaités. En 1845, Edgar Poe fait dire au préfet de police : « j’ai des clés avec lesquelles je puis ouvrir toutes les chambres et tous les cabinets de Paris » dans sa nouvelle « La lettre volée » - elle avait été dérobée hors du circuit postal.
La IIIème république ne reconnaîtra qu’au juge dans le cadre d’une procédure le droit de saisir la correspondance - un équilibre satisfaisant entre les droits de l’individu et ceux de la collectivité, si du moins l’état et ses lois sont respectueux de ceux-là. Un équilibre fragile donc, comme le montrent les détournements de correspondances opérées par des postiers pour sauver des personnes dénoncées à l’occupant sous le régime de Vichy - ou, dans des domaines qui ont pris une grande importance - des débats plus récents sur les écoutes et les fichiers.
François Aron,
Maître de conférences des Universités,
et ancien médiateur de La Poste